‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 132 sur 150 · I. A.. France, Le livre de mon Ami · texte numérisé non relu

I. A.. France, Le livre de mon Ami

ÉDUCATION ET IMITATION SqS

Ainsi chaque fois que par rimitation d*une action nouvelle l'enfant dépasse le cercle de ses habitudes, il se sent devenir une personne nouvelle, plus habile, plus complexe ; et c'est pourquoi il agit de manière à marquer de mieux en mieux son indépendance à l'égard des choses et des personnes imitées. Le professeur ne dépose pas dans une intelligence inerte des connaissances toutes faites ; l'éducateur ne construit pas une personnalité morale là où il n'y avait que de l'instinct : c'est l'enfant lui-même qui, en présence des leçons de ses maîtres et des exemples de son entourage, invente son moi, invente toutes ses connaissances ^ ,

Mais l'enfant ne se représente pas seulement la force d'autrui pour la dominer ou l'utiliser. Le frère cadet sur lequel il exerçait tout à l'heure sa puissance vient-il à être malade, aussitôt l'enfant change d'attitude, et de tyran se fait protecteur. A l'opposition de son moi puissant et du moi faible de son jeune frère succède le sentiment d'un moi plus large, commun à tous deux, l'amour. Le moi du groupe surgit et chasse le moi de l'individu.

Gomme les sentiments de famille, les sentiments sociaux résultent de l'imitation. C'est par la camaraderie que l'enfant dépasse pour la première fois les sentiments de la famille ; la vie de l'école l'initie à la vie sociale. Un de ses camarades est-il malmené par un autre camarade, l'enfant peut ne pas prendre parti. Mais si un camarade est malmené par un élève d'une école étrangère et rivale, il s'indigne comme s'indigne l'offensé. Enfin si des enfants de la rue maltraitaient un élève de l'autre école, les intérêts de cette école rivale vont sur-le-champ devenir siens, une alliance se fera des écoliers contre les gamins delà rue. Ici encore l'imitation n'est pas passive. L'enfant se rend compte peu à peu par des expériences sans cesse corrigées du mal et du bien qu'il peut faire à autrui. Il frappe d'abord l'objet qui lui a fait mal, il martyrise son chien ou son

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