I. Ouvr. cité, p
a. Expressions de M. Baldwin.,
l'obéissance 395
que le père est là pour l'obliger à obéir, Tenfant réprime les protestations de son moi caché et avide*. Le père parti, une série d'événements se déroule. D'abord l'enfant continue à obéir comme un mouvement se continue en vertu de la vitesse acquise. Cette obéissance en l'absence de la contrainte n'est jusqu'ici que l'imitation machinale, la reproduction simple et timide du moi de tout à l'heure, qui obéissait sans comprendre. Mais le moi gourmand n'était qu'endormi ; il se remet à observer la pomme. Il trouve devant lui l'obstacle d'un moi nouveau, imitatiF, récemment suggestionné, porté à faire ce que le père a ordonné. Si la suggestion a été suffisamment forte, le gourmand s'abstiendra, il s'accoutumera à la présence en lui de quelque chose qui représente son père, sa mère, son maître. Une nouvelle conception de moi se dessine, celle d'un moi supérieur, arbitre et juge, qui fait la loi aux autres formes du moi. Ce moi moral s'incarne dans des êtres symboliques dépositaires de la loi : l'Église, l'État, la voix populaire.
Jusqu'ici la loi morale n'est conçue que comme une loi subie. Comment l'enfant arrive-t-il à la considérer comme une loi voulue, issue du libre consentement de chacun et de tous ?
L'enfant guette ses frères pour s'assurer qu'ils obéissent eux aussi aux ordres paternels ; il attribue aux personnes qui l'environnent les mêmes obligations qu'à lui, et la moindre exception faite en faveur de l'une d'elles le révolte et provoque ses protestations. Les rapports et dénonciations de l'enfant ne proviennent pas uniquement de la jalousie, ils signifient qu'il se reconnaît le droit d'exiger l'obéissance de tous à la loi commune et que, dans la mesure où eux s'y dérobent et où lui s'y conforme, il se sent autorisé à faire soi-même la loi aux autres, il se sent devenir législateur.
Enfin demandons-nous comment l'enfant s'élève à là