‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 14 sur 150 · INVENTION, IMITATION, SUGGESTION · texte numérisé non relu

INVENTION, IMITATION, SUGGESTION

sentiments réels ? Tandis qu'une imagination se distingue d'une sensation parce qu'elle est intérieure, une pensée fictive est intérieure comme une pensée réelle. Comment donc se distinguent-elles ?

Les sentiments, les pensées, les volitions purement imaginaires sont des états que Ton situe exclusivement dans un milieu d'imaginations ou de fictions. Le sujet qui les éprouve ou l'observateur qui les étudie savent qu'ils ne sont pas destinés à se produire ou à se développer dans l'espace. Une pensée imaginaire est une pensée sans rapport avec l'univers réel. La pierre de touche d'une émotion artistique est qu'elle a trouvé sa forme ; un sentiment purement imaginaire se perd en rêves. D'ailleurs ces pensées ou sentiments imaginaires sont en général plus faibles, moins durables, plus mobiles que les pensées qui ont pour objet de se traduire dans l'espace. Il y a donc une imagination intellectuelle, scientifique, etc. Les gens romanesques ou les imaginations creuses ne dépassent pas ce monde ; les idéalistes y voient la préparation, le vestibule du réel. Imaginer est nécessaire et bon. Mais il faut que l'imagination aboutisse, celle de l'artiste au mot, au son, à la couleur» celle du savant à la formule, celle de l'homme à l'action.

Un état de conscience secondaire peut reproduire non pas seulement un état de conscience mien, mais l'état de conscience d'autrui. On dit alors qu'il V imite. Le contraire de l'imitateur est le caractère, l'esprit personnel qui n'emprunte pas ses sentiments, ses pensées, celui dont on dit qu'il est quelqu'un, qu'il est une nature. On peut être personnel sans être un esprit original, sans être un inventeur c'est-à-dire sans apporter rien de nouveau au monde. Les esprits personnels découvrent des choses nouvelles pour eux, mais non pour les autres. C'est le genre d'originalité des ignorants qui se sont faits eux-mêmes. Pour la plupart nous ne sommes destinés qu'à comprendre l'invention d'autrui. Mais comprendre, c'est réinventer, retrouver.

•jS formes générales de la vie consciente

Celui qui communique ses états de conscience sans essayer d'éveiller la pensée d'autrui, en essayant seulement d'en susciter l'imitation, est dit les suggérer. On peut être à la fois personnel et original sans avoir le don de suggestion.

Un air de commandement, une belle voix y suffisent parfois. Mais il y a une suggestion qui précède l'intelligence; Pour se faire comprendre encore faut-il se faire écouter. Et sans parler du don d'expression qui n'est pas donné à tous, d'aucuns et non des moindres ne savent pas se faire écouter. D'autres au contraire avant de donner la preuve de leur esprit en font sentir V influence. On se sent prêt à les suivre ; cela tient peut-être à des causes très simples, à ce qu'on a cru lire sur leur visage leur intelligence, et surtout ce désir, ce besoin de se donner, de se répandre qui transparaît sur la physionomie, dans la démarche des gens dits sympathiques. De même avant d'avoir pleinement manifesté ce qu'ils valent certains ont de V autorité morale.

L'invention, l'imitation, la suggestion, comme les images, les souvenirs et les associations qui les lient sont des formes de tous les faits de conscience, car on peut inventer, imiter, suggérer un fait de conscience quelconque, une pensée, un sentiment, une décision. Nous les étudierons à l'occasion de ces différents faits, ou de tel ou tel de ces faits.

Nous avons parlé jusqu'ici des formes les plus générales de la conscience. Nous n'en connaissons pas encore le contenu * , c'est comme si connaissant par la géométrie les propriétés de l'espace nous ignorions les propriétés des corps qui s'y meuvent, et la physique, la chimie, la physiologie qui les étudient.

Les formes de la conscience étudiées, quels sont les faits qui les revêtent ?

I. Seule — ainsi que nous l'avons noté plus haut — la réflexion est moins une forme de la conscience qu'un certain fait de conscience mêlé à tous les autres.

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