‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 16 sur 150 · I. Voir chap. m · texte numérisé non relu

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CLASSIFICATION DES FAITS DE CONSCIENCE 3l

elles les entrevoit seulement confusément. Le sentiment du beau est la perception confuse d'harmonies exprimables en formules abstraites. L'admiration ahurie de la foule pour les hautes vérités scientifiques est encore une manière de les comprendre, c*est l'équivalent sentimental de la conception nette de ces vérités telles que les saisit l'intelligence impassible du savant. Le sentiment exprime alors l'effet produit sur moi par une pensée ; il en est le retentissement individuel. A ce sentiment se mêle plus ou moins la conscience irréfléchie de la pensée qui le cause.

Si les sentiments sont sans cesse mêlés de pensées, si ce que l'on appelle ordinairement l'esprit est sans cesse mêlé de sentiment et tend souvent comme le sentiment à l'action, il est mieux de distinguer le sentiment et la pensée non comme des faits indépendants mais comme des faits différemment orientés. Nous modifierons donc les définitions habituelles et nous dirons qu'un fait de conscience est un sentiment ou, si l'on veut, se comporte comme un sentiment lorsqu'il est considéré dans son rapport à l'individu — que ce fait affecte l'individu de joie et de tristesse, ou que ce fait soit indifférent. Nous entendons par action l'extériorisation spontanée de tout fait de conscience quand il n'est pas empêché par une force antagoniste. Instinct, appétit, désir, idée, chaque fait psychique est une force qui tend naturellement à se traduire par des mouvements corporels. Toute conception d'un acte possible nous entraîne à l'exécution de cet acte par un vertige mental * . Lorsqu'une de ces forces se déploie sans obstacle, c'est l'individu qui se déploie ; si elle est empêchée, c'est qu'elle a rencontré une autre force individuelle, un autre sentiment : l'opposition d'une colère, d'une haine, ou bien une force sociale ou, idéale représentant en l'individu l'humanité ou l'univers, patriotisme, amour de la vérité, etc. Comme tout fait de conscience a

I. Cette formule est d'un philosophe contemporain, M. Renouvicr.

lieu dans un corps qui devient ainsi le signe et la limite de l'individualité que nous sommes, on peut dire que tout fait de conscience (émotion, image, idée, etc.), considéré uniquement du point de vue du corps où il se produit est un sentiment. En ce sens un sentiment est un fait de conscience qui aboutit à une action.

Penser, c'est au contraire envisager un état de conscience (n'importe lequel) indépendamment de son rapport à l'individu. C'est m'abstraire de moi-même, c'est considérer ce qui est valable pour moi comme valable pour tous les. autres. C'est me regarder comme l'un des spectateurs possibles de l'état de conscience que je perçois. Le passionné vit sa passion sans la transformer en objet de pensée ; le psychologue pense sa passion lorsqu'il la décrit par des traits applicables à n'importe quel passionné, l'homme de devoir pense sa passion lorsqu'il la juge et la réprime. L'esprit et le cœur sont donc deux orientations différentes d'une seule et même réalité psychologique. On ne désire pas, on ne jouit pas, on ne souffre pas sans aussi voir, entendre, juger, raisonner et sans penser ses sentiments mômes, et tout cela c'est de la pensée. Mais quand il sent ou agit l'homme juge ou raisonne pour lui. Quand il pense vraiment, il juge ou raisonne universellement.

Il y a une pensée spontanée et une pensée réfléchie. Quand l'homme commence à penser, il se distingue à peine des choses ; s'apercevant comme partie intégrante de la nature, il s'en croit maître. Il se croit infaillible. La pensée réfléchie commence avec la conscience de l'erreur possible, avec l'esprit critique.

La volonté, c'est la pensée réfléchie agissante. Il y a volonté en ce sens : 1° Chaque fois qu'au sentiment, au désir, s'oppose la pensée réfléchie de l'humain, de l'universel, du raisonnable, soit que l'individu se conforme^ soit qu'il désobéisse à cette conception ;

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