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CLASSIFICATION DES FAITS DE CONSCIENCE

2<* Chaque fois que cette pensée a conscience de sa propre efficacité. Vouloir c*est affirmer que Ton peut modifier ses sentiments par son affirmation même.

Il ne faut pas confondre la volonté et l'action. L'observation suivante en fera comprendre la distinction. Un homme d'action n'est pas toujours un homme de volonté. Il ne réfléchit pas toujours. Il est souvent comme un instinct, une force qui va. Inversement quand une âme s'enferme en elle-même pour jouir de ses sentiments, elle ne se soucie pas d'agir, elle a trouvé en elle-même sa raison d'être. Cependant elle veut. Car si certains sentimentaux demeurent enfermés en eux-mêmes par impuissance ■de vouloir ; s'ils sont la proie de toutes les émotions successives, faute d'avoir assez de ressort pour réagir, souvent aussi l'émotivité est caractérisée par une possession de soi ■qui peut aller jusqu'à la raideur, par un mépris volontaire des réalités extérieures, par un effort incessant et voulu en vue d'épurer, d'affiner, de subtiliser les joies de la vie intérieure. La volonté peut s'exercer aussi dans l'effort intellectuel. Elle n'a donc pas nécessairement pour objet l'action extérieure.

La volonté peut être désintéressée, elle est alors comme une pensée ; si elle se met au service du sentiment, elle est comme un sentiment.

De même qu'il y a une pensée spontanée, on peut dire qu'il y a une volonté spontanée : nous étudierons plus loin ees volontés naturelles sous le nom de tendances ou de désirs. Mais quand on parle de vouloir ou de volonté, ou de volition (on désigne ainsi tel ou tel acte de volonté, ce qu'on appelle encore une décision), on signifie généralement la volonté réfléchie.

Le vouloir se distingue delà pensée. Il est bien une pensée réfléchie, mais c'est une pensée qui agit sur l'individu. Par là il se distingue de la pensée proprement dite et se rapproche du sentiment. Quand je pense, tout fait, et ceux mêmes qui se passent en moi, m'apparaissent comme des choses, de*

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objets, comme étrangers à moi. Quand je \eux, cela même qui ne m'appartient pas en propre, par exemple les principes qui valent pour tout homme, sont tournés à mor> usage, la pensée de ces principes transforme mes sentiments» mes actes. De plus, tandis que le vouloir c'est la pensée qui s'affirme comme efficace, la pensée pure est celle qui s'affirme comme contrainte. Je ne puis m'empêcher de penser que deux et deux font quatre. Cette contrainte est plus ou moins forte ; de là les diiïérents degrés de l'affirmation ; je puis douter et douter plus ou moins. Mais ces degrés mômes de l'affirmation ne dépendent pas de moi.

La distinction du vouloir et de la pensée nous fait comprendre que les gens à volonté forte ne soient pas toujours ceux qui ont le plus d'intelligence. L'efficacité de la pensée n'est pas nécessairement proportionnelle à la clarté, à l'étendue de la pensée. La représentation trop claire d'un acte et de ses conséquences peut produire l'indécision.

Malgré cette distinction la pensée et le vouloir sont étroitement liés. Il faut, nous l'avons dit plus haut, pour penser juste se libérer des passions, des préjugés, fixer son attention, c'est-à-dire vouloir. La pensée peut bien aller un temps comme une force naturelle, mais il n'y a pas d'inspiration sans bonne volonté.

La réflexion telle que nous l'avons définie plus haut, et par laquelle l'homme se distingue de la nature et de sa propre nature, constitue la pensée réfléchie ou volontaire élémentaire. Pour penser volontairement quoi que ce soit il faut d'abord s'en distinguer plus ou moins et vouloir s'en distinguer. On ne réfléchit pas sans vouloir, et on ne veut pas sans réfléchir. La pensée ne se distingue des choses, ne se réfléchit que si elle se pose elle-même comme efficace. Elle ne se pose elle-même comme efficace que contre autre chose, ou à propos d'autre chose. Elle ne se pose qu'à condition de se distinguer, de se réfléchir. C'est ce qu'un philosophe a exprimé dans une formule donnée souvent comme le type de l'obscurité philosophique et qui n'a rien de mys-

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