‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 18 sur 150 · LA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITÉ

térieux : le moi se pose en s'opposant. Il y a donc une pensée réfléchie au commencement de tout acte de volonté ou de pensée.

Il résulte de là que cette contrainte de la pensée qui constitue la certitude est en partie notre œuvre. Il faut se détacher de ses passions, de soi-même, pour vouloir la vérité. Et en ce sens on peut dire que nos croyances dépendent en partie de nous. Mais d'autres facteurs interviennent ici, notre nature, les circonstances, etc., de sorte qu*il est malaisé de faire la part de notre responsabilité dans nos erreurs.

Nous avons dit que toute pensée était universelle par essence, à l'opposé du sentiment par essence individuel. Ne pense- t-on pas cependant tel fait concret, particulier ? Gela est vrai, mais on a cependant alors la conscience de penser universellement, la conscience d'une universalisation possible pour notre pensée ou notre volonté actuelle. La pensée particulière est comme découpée dans notre capacité de penser. Si j'affirme comme existant tel objet, la table qui est devant moi, sans songer à son utilité, je la pense comme un objet de l'univers, impersonnellement. On en peut dire autant du vouloir. Car vouloir c'est avoir conscience de penser — impersonnellement — lors même qu'on veut tel objet. Seulement cette pensée se restreint dans les limites de l'action individuelle.

Les faits que nous venons de classer revêtent les diverses formes distinguées plus haut. Une pensée, un sentiment, une volonté peut être plus ou moins consciente, réfléchie. C'est à peine si dans la passion l'homme sent sa volonté présente: elle l'est cependant — et c'est pourquoi il se sait homme quand même et responsable — mais elle est subconsciente. Un sentiment peut être original, ou emprunté, aussi bien qu'une pensée.

La personne, l'individualité est l'ensemble de tous les faits que nous avons distingués. La personne peut être une spontanéité, une nature : dans ce cas je suis simplement la per-

sonne que je suis ; dans d'autres cas — c'est celui de Thomme adulte normal et déjà de l'enfant à partir d'un certain âge (trois ou quatre ans) — je rn attribue mon individualité naturelle. C'est qu'alors, ma nature s'oppose ma pensée réfléchie et ma volonté, qui constituent proprement le moi.

Une personne, une individualité se définit, se caractérise par les diflerents éléments que nous avons distingués. C'est un caractère * .

Les diflerents traits de caractère s'associent de manières multiples, et de la diversité de ces combinaisons résulte celle des natures individuelles. Classer les caractères ce n'est pas repartir les individus dans des cadres simples, comme le naturaliste met en ordre des échantillons dans des vitrines et dans des cases ; nous esquisserons une classilication non des individus, mais des « traits de caractère ». Ëtant donné un individu, on se préoccupera non pas de lui assigner une étiquette unique, mais de l'analyser en le considérant tour à tour sous chacun des points de vue que nous avons distingués et classés. Est-il caractérisé, se demandera-t-on, par un ceriain degré ou une certaine nuance de sentiment, d'intelligence, de volonté ? Est-ce un penseur, un passionné, un original, un esprit inventif, routinier, etc.. ? Au reste les éléments distingués plus haut ne serviront peut-être pas tous à classer les caractères, s'il en est par exemple qui se trouvent à égal degré chez tous les hommes. Nous verrons dans le cours de ces études lesquelles parmi ces distinctions pourront être utilisées pour déterminer des types psychologiques.

I. On donne encore au mot caractère un autre sens. On dit qu'un homme a du caractère quand il a de la volonté.

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