LES DIVERS DEGRÉS DE LA CONSCIENCE DES SENTIMENTS
etc. Une passion puissante met souvent à son service toutes les autres, et leur donne son allure. Dans un individu équilibré, les tendances semblent s'accorder l'une à l'autre, se faire des concessions : elles s* adaptent l'une à l'autre.
On peut si l'on considère les relations des tendances dans les individus dire qu'il y a des individus unifiés (une tendance dominante), équilibrés (harmonie de tendances multiples), instables (ceux-là changent sans cesse de nature) ; amorphes * (ceux-là n'en ont point, c'est du néant fluide disait Gautier).
Les tendances acquises sont celles qui naissent à la suite d'une expérience. Une habitude est une tendance acquise. L'habitude de mouvoir son bras est une tendance acquise, née de mouvements et de sensations musculaires. Une passion est une tendance acquise à la suite d'un plaisir ou d'une peine sentis ou imaginés, d'une émotion, ha passion peut en ce sens être dite une habitude ; mais on donne plutôt le nom d'habitudes aux tendances acquises indifférentes ou inconscientes.
Les passions fondamentales sont : le désir ou passion d'un plaisir senti ou imaginé, ou tendance à se procurer une émotion déjà éprouvée ou imaginée — c'est la volonté naturelle d'un plaisir — l'aversion ou la nolonté naturelle d'une peine.
On peut à l'aide des données qui précèdent définir toutes les passions. Exemples :
h'amour, c'est le désir plus l'idée de l'objet extérieur qui est la cause de ce désir.
La haine, c'est l'aversion plus l'idée de l'objet de cette aversion ^.
La. peur, c'est l'aversion qui nous porte à éloigner un objet qui menace un désir.
La colère est l'aversion qui nous porte à attaquer un objet
I. Ces expressions sont empruntées à MM. Ribot et Paulhan. a. Définitions empruntées au philosophe Spinoza.
qui menace un désir. C'est dans certains cas conEime une forme de la peur, la peur à l'état offensif, la peur qui prend les devants.
Ces définitions peuvent se diversifier si l'on y fait entrer la considératiou ï°du temps, a** de leur réalisation plus ou moins probable. On pourra définir Y espérance comme un amour plus ou moins incertain de son succès ; la crainte comme une haine également incertaine. On peut appliquer aux émotions et aux passions les mêmes définitions. Une passion n'est en effet qu'une poussée dirigée d'émotions. Gomme passion la crainte est une haine incertaine de son succès, comme émotion c'est la prévision d'une certaine peine.
On peut encore classer les passions comme les sentiments en général d'après leurs objets. C'est la classification de la vie pratique. C'est ainsi qu'on distingue l'amour, l'ambition, etc.
On peut les classer enfin d'après leur orientation morale, selon qu'ils sont égoïstes, désintéressés ; etc. C'est le point de vue que nous adopterons plus loin.
On donne dans le langage courant le nom de passion aux sentiments violents. Le xvii® siècle appelait passions tous les sentiments, faibles ou violents, agréables, désagréables ou même indifférents. La surprise, sentiment indifférent, appelée par Descartes 1' « admiration » est à ses yeux une des « passions » fondamentales.
Quels sont les rapports de l'émotion avec la tendance?
La tendance est révélée par l'émotion qui la suit. Une tendance satisfaite produit du plaisir, une tendance non satisfaite produit de la douleur. L'émotion, dans ce cas, est la conséquence de la tendance.
S'agit-il de tendances acquises, dépassions? ici l'émotion n'est plus seulement le but, mais elle est à la fois le point de départ et le but de la tendance.
Enfin le développement même de la tendance vers un