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REMÈDES A LA PASSION

de lui faire explorer de près Tobjel qui Tépouvante, de raisonner avec lui sur cet objet. Dans d'autres cas on peut considérer la passion comme reposant sur un faux idéal, sur une fausse conception de la vie. Les jeunes gens faussent leur vie, ils aiment par théorie, on rencontre peu de jeunes gens naturels. On appelle ces enthousiasmes factices de» amours de tête, des passions de tête. Le remède vient de lui-même : à mesure qu'on avance dans la vie, cet idéal artificiel disparaît.

L'examen scientifique d'une passion consiste à la regarder se développer pour pouvoir la décrire. Si on s'analyse quand on est en colère, on se trouve ridicule. Certains romanciers remarquent qu'ils sont devenus incapables de ressentir lessentiments qu'ils ont décrits. Ce qui fait le danger d'une passion c'est qu'elle est individuelle ; or lorsqu'elle devient objet de connaissance, elle cesse d'être individuelle. C'est le remède recommandé par Spinoza : substituer à une passion immédiate la connaissance de cette passion c'est-à-dire une passion intellectuelle. C'est le procédé qu'emploient inconsciemment les personnes qui écrivent leur journal ; mais ce n'est souvent qu'une ruse de la passion ; car la passion est sournoise, l'analyse lui est une occasion de se souvenir, de se renouveler. Et puis pour s'étudier ainsi, il faut être psychologue ; cela n'est pas donné à tous.

Un autre moyen très simple, c'est d'opposer à la passion des vérités morales. C'est le procédé des sermonnaires. Mais la vérité morale n'agit qu'à condition d'émouvoir : il faut aller au cœur. Pour émouvoir, il faut avant tout avoir l'air de ressentir les soufirances, les joies du passionné. Car rien n'irrite la passion comme de n'être pas comprise. Elle fuit les conseils d'une vertu qu'elle croft volontiers impassible par inexpérience ou impuissance d'imagination. En général, l'exhortation exaspère la passion comme un obstacle.

Il ne suffit donc pas d'opposer le raisonnement à la passion ; il ne suffit pas de montrer à un homme, pour le guérir, qu'il a tort d'être peureux ou qu'il a tort d'aimer.

Traiter les passions comme des jugements faux, c'est soigner une fièvre par des paroles, c'est vouloir guérir une blessure par la persuasion. La passion ne provient pas toujours d'un jugement faux, le jugement faux est la conséquence de la passion, il ne se formule qu'une fois la passion née. Quand on aime, on raisonne mal, mais ce n'est pas parce qu'on raisonne mal qu'on est amoureux . Il ne sert à rien d'employer ici la logique ; si l'on veut supprimer le faux raisonnement, c'est la passion qu'il faut supprimer. Loin d'affaiblir la passion, la discussion l'alimente parce qu'elle la maintient présente et qu'elle la met sur la défensive. Elle est comme une volonté ou comme une force. On ne discute ni avec l'orage ni avec l'inflexible décision.

3** La distraction. Aucun des moyens que nous venons d'indiquer n'est donc suffisant pour faire disparaître la passion, encore que chacun puisse être utilisé. Le remède essentiel, vraiment efficace, c'est d'opposer à une passion une autre passion, graduellement, sans heurt, sans attaque de front. Il s'agit de créer un courant différent d'attention et de sentiments. Le déplacement, la lecture, l'étude font défiler devant nous des spectacles, des idées. Les exercices physiques sont une diversion facile. Le joueur, remarque Pascal, ne pense plus à la mort récente de son fils. On peut -acquérir le goût des exercices physiques : en s'astreignant à faire souvent et régulièrement des actes indifférents, on finit par s'y intéresser.' On peut se donner volontairement un sentiment. On y parvient par les actes (agir comme si l'on avait ce sentiment) et par l'excitation de l'imagination {provoquer des images correspondant à ce sentiment).

Pour que ces remèdes agissent, pour qu'une diversion soit possible, il ne suffit pas de s'en préoccuper le moment venu, il faut que ces distractions soient préparées par des habitudes préexistantes et qu'on n'ait qu'à susciter ces habitudes. Spinoza recommande à l'homme qui est dans un <Hat de paix de se préparer à l'assaut des passions. C'est à l'éducation qu'il appartient, par une gymnastique morale,

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