Ibid., GLXXXVI
ÉGOÏSME ET DÉSINTÉRESSEMENT Il5
Déjouons en premier lieu Thypocrisie. « Le monde n*est composé que de mines ' . Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s'ils n'étaient les dupes les uns des autres. Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent^. Des personnes libérales, il n'est pas rare d'en rencontrer, ce qui est plus rare c'est la charité vraie. » Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner ^. « Travailler pour l'avantage des autres, c'est prêter à usure sous prétexte de donner * » : voilà pour la bonté. Où est alors le sentiment désintéressé? la clémence? elle « se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble ^ » ; la pitié ? « la pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d'autrui » ; la reconnaissance ? « il en est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands, elle entretient le commerce*^ » ; l'amitié? « l'amitié la plus désintéressée n'est qu'un commerce où notre amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner "^ . Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons souvent quelque chose qui ne nous déplaît pas. ® » Mais au moins une violente douleur ne nous ôte-t-elle pas la force de songer à nous ? « On se console souvent d'être malheureux par un certain plaisir qu'on trouve à le paraître'^. Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'une, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nousmêmes; nous pleurons la diminution de notre bien, de