I. Arvers, Sonnet
laa L\ SYMPATHIE
se figurer qu'on aime une personne, alors que ce n*est pas elle qu'on aime, mais les illusions que Ton met en elle. Avant d'être capables d'un sentiment véritable, qui aille droit à la personne même et non à nos illusions projetées hors de nous, nous avons besoin d'apprendre à nous connaître, à distinguer les sentiments durables des sentiments passagers ou factices. « Ce ne sont pas les vrais locataires qui essuient les plâtres, » a dit Pailleron*.
Le besoin d'aimer est déjà d'une indétermination moins vague quand on conçoit un « type » préféré. Désormais nous sommes orientés dans une certaine direction, nous n'aimerons que tel ou tel « type » . Cette spécialisation dépend du tempérament, de la race, des habitudes sociales, des croyances morales et religieuses, des convenances. L'amour n'est pas « enfant de Bohême » : on en peut préparer la naissance et l'orienter dans une certaine direction. Cette orientation dépend soit des influences subies, soit de la volonté même de l'individu. Mais cette orientation est encore extrêmement vague, bien éloignée de la prédestination. Ce que nous aimons d'abord, ce sont des « types » ; nous sommes, a-t-on dit, platoniciens ^ en amour.
Comment à un moment donné ce besoin très vague choisit-il une satisfaction déterminée, se fixe-t-il sur un objet individuel ?
C'est qu'il y a une certaine approximation entre nos besoins et l'objet. Elle peut résulter des circonstances : si l'objet se présente dans un moment d'inquiétude sentimentale, dans un moment où nous aspirons à aimer. Lorsque l'on a l'âme toute prête à aimer, il est certain que l'on