LA SYMPATHIE
avons ramitié exigeante, inquiète, jalouse. Une affection tyrannique est odieuse. Il n'y a pas d'affection durable sans liberté et aussi sans confiance. La confiance parfaite est la récompense des amitiés qui ont su durer. La conscience continue d'une harmonie que l'on sent à peine tant elle fait partie de nous-mêmes a remplacé les crises, les transports ; et l'on vit à l'unisson, comme on respire. Mais on ne s'élève jusque-lh que par une sagesse subtile et discrète. Le bonheur est un art, et surtout le bonheur à deux.
Une passion durable a ce prix inestimable qu'elle donne à l'homme, si elle le remplit tout entier, la conscience, l'orgueil de sa force, car une passion puissante se passe presque du monde et jouit de sa propre activité. Gela est vrai surtout des sentiments sympathiques. Car la véritable affection a sans cesse son objet présent, elle l'embellit des images les plus aimables, les plus nobles ; au point de se contenter de ses propres rêves. Celui qui aime peut se passer de toute la terre. Mais moins l'objet de l'amour est limité, plus il a chance en nous élargissant de nous donner la conscience de notre indépendance. Les joies de la famille sont accompagnées d'un sentiment de quiétude, de la conscience de notre indépendance à l'égard de tout ce qui se passe au dehors. L'amour de la patrie, c'est avant tout l'amour de la liberté ; liberté assurée par nos institutions nationales, liberté à l'égard du joug étranger. L'amour de l'humanité nous affranchit des barrières de race, de religion et de langue, la justice nous fait communier dans une liberté supérieure. Enfin la pensée en s'attachant à la vérité pour elle-même s'affranchit de toute limitation et exerce sa pleine liberté.
Les affections de famille sont naturelles. Mais on ne peut pas entendre par là qu'elles soient d'origine organique. La « voix du sang » est une métaphore. On peut substituer un nouveau-né à un autre, la mère l'aimera, si elle ignore la substitution, comme son propre enfant. De son côté.