‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 56 sur 150 · Renan, ouvr. cité · texte numérisé non relu

Renan, ouvr. cité

LE PATRIOTISME l3l

Unis. La communauté de langue n*est même pas le signe certain d*une identité de race. Les Celtes anglicisés du pays de Galles parlent anglais, tandis que les Celtes francisés d'Auvergne et de Bretagne parlent une langue issue du latin. C'est par des raisons historiques, dépendant d'autres influences que la race, que les langues se répandent et s'excluent. Quand un Etat veut annexer une province qui ne lui appartient pas et qui redoute de lui appartenir, il affecte de confondre l'idée de nation avec celle de race, et celle-ci avec le fait de la communauté de langue.

La patrie n'est pas non plus une notion religieuse. Il y a des hommes de notre religion qui ont une patrie qui n'est pas la nôtre, il y a des hommes d'une autre religion qui ont la même patrie que nous. Il y avait dans l'antiquité, outre les cultes privés, spéciaux à chaque famille, un culte national, à Athènes le culte d'Aglaure *, à Rome le culte de Jupiter. Mais il ne peut plus en être de même dans nos sociétés modernes. Les rois de France ont quelquefois essayé d'établir un culte national : mais la Saint-Barthélémy et la révocation de l'Édit de Nantes ont été des tentatives aussi vaines que honteuses. On peut être Français tout en étant catholique, protestant, israélite ou tout en ne professant aucun culte.

La patrie, ce n'est pas le sang, ni le foyer, ni l'autel, c'est la tradition, la communauté de l'éducation, du souvenir, des aspirations. C'est notre histoire tout entière, avec son passé glorieux et son passé douloureux, avec son avenir qui sera ce que nous le ferons. Membres d'une démocratie, nous sommes tous artisans de l'avenir. L'avenir plus encore que le passé fait la patrie. Pour que la fusion des populations en une nation ait lieu, il faut qu'il n'y ait plus ni vainqueurs ni vaincus, il faut qu'une famille quelconque ne puisse plus dire de quelle race elle descend, il faut que l'oubli se soit fait sur les violences, les extcrmi-

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