I. Rousseau, Pages choisies (Colin), p
Rauh. 10
l46 LES SENTIMENTS IMPERSONSEXS
formules de plus en plus rectifiées. Chacune des interrogations que pose la conscience vulgaire s*épanouit à l'analyse en une multiplicité de problèmes dont les termes sont tout autres. Or, tandis que de ces problèmes quelques-uns continuent à attirer l'esprit vers des horizons ultérieurs, d'autres au contraire cessent d'eux-mêmes d'eitister, s'évanouissent par la seule position de leurs termes ^Tais. EÀ^arter les fausses questions, réduire les autres à leurs ^Tais termes, c*est bien là un résultat, une satisfaction. Il ne faut pas résister, il faut céder au verti<re de l'intelli^nce.
Le besoin de savoir porte le nom général de curiosité. La curiosité prend diverses formes : i® il v a la curiosité passionnelle, qui ne s'exerce pas dans l'intention de connaître, qui est subordonnée à d'autres sentiments (jalousie, envie, pitié). En général, elle est malveillante : ainsi dans les relations mondaines. Mais il v a une forme de la curiosité pas- Nionnelle que l'on peut appeler bienveillante : on veut savoir |)ar bonté d'âme, par intérêt pour autrui ; a® Il y a aussi la curiosité désintéressée qui est le plaisir de savoir pour .Sivoir. Elle naît dès que l'enfant a pris conscience de luintême. Chez Tenfant et Thomnie non cultivé, elle est très vague, incohérente ; ce sont à tout propos des pourquoi ? et des conunent ? interminables. Et cette curiosité se contente aisément : la première réponse venue l'apaise. L'humanité barbare ressemble à l'enfant. Voici un échantillon de renseignement donné à l'école du Palais par Alcuin. C'est une con>ersation entre Alcuin et Pépin, second fils de Charleiiiairiie *.
P' — Qu'est-ce que le ciel ")
-1. — i ne sphère mobile, une voùle immense.
P. — Qu'est-ce que la lumière?
A. — Le flambeau de toutes choses.
P. — Qu'est-ce que la mer ?
A. — Le chemin audacieux, etc.
l. Voir Cîui/ot, Civilisation en France, II, p. 174.