Imit. III, XXXI
4. Imit. J.-C, III, IV, 4- Voir plus haut, sur le sentiment du vrai.
l66 LES SENTIMENTS IMPERSONNELS
sommet naturel. Il doit laisser arriver jusqu'à lui tous les souffles de Fesprit, tous les cris de la justice opprimée , être au premier rang des bons combats. Une foi ne se justifie que si elle s'appuie sur une large base humaine.
De plus elle ne doit pas être enfermée dans son formulaire comme dans un isolement orgueilleux, perdre le contact des autres croyances, et surtout de ce qu'il y a en toutes les croyances d'humanité qui les rapproche. Chaque confession doit le respect à toutes les autres. Si cette tolérance réciproque est indispensable, c'est pour une raison bien simple : c'est que les grands préceptes de la morale, être juste, bienfaisant, respecter et aimer ses semblables, ne sont pas la propriété exclusive de telle ou telle religion : ils sont propriété humaine. Quelle que soit la foi que l'on professe, on peut toujours être un honnête homme et un homme bon, tout comme on peut toujours être un gredin. Le sentiment religieux ne doit pas seulement le respect à tous les genres de confession, il le doit même à l'absence de toute confession. Je n'ai de compte à rendre que de mes actes et des intentions de mes actes : libre à moi de chercher du secours où j'en trouve, dans une religion, dans une philosophie, n'importe où. Une croyance cesserait d'être respectable si elle reniait ces croyances sacrées qui sont les lois de la morale. Le père de famille, le directeur de conscience ont le droit et le devoir de réagir contre la tendance mystique de certaines âmes d'enfants, afin de ramener à quelque forme compatible avec les devoirs humains le sentiment religieux qui s'exaspère. Le désintéressement doit consister à savoir préférer, le cas échéant, le devoir à l'intérêt, et non pas à n'avoir d'intérêt pour rien. Le dévouement à l'idéal ne doit pas s'affirmer par le dédain du réel, mais au contraire par l'effort incessant pour réaliser l'idéal et pour idéaliser le réel. Le mépris de la mort ne doit pas provenir du mépris de la vie, mais de la conscience d'une vie bien remplie, où aucun des devoirs humains n'a été déserté.