I. l'intelligence SENSITIVE, CONCRÈTE
La vue. — L'ouïe. — Le sens musculaire. — La mémoire. — Les associations d'états de conscience. — L'imagination sensitive. — Le type sensilif. — L'imagination des sentiments.
La richesse, la persistance, Voriginalité de nos sensations (couleurs, sons, images tactiles et motrices, saveurs, odeurs^ ne proviennent pas tant de la structure particulière des organes qui en sont la condition que de Vintelligence qui les analyse et les interprête.
Le dessin, la peinture, la musique exercent Vattenlion, le discernement, les facultés d*imitation et d*invention, et développent /'adresse des sens, des mains, de Vintelligence elle-même. Il y a de même une éducation des mouvements du corps qui en développe V adresse et la grâce.
Les images (visuelles, auditives, motrices, etc.^ persistent spontanément. Mais les souvenirs spontanés sont souvent fantasques et indociles à notre appel. Se donner volontairement un souvenir, cest, pour le rendre docile, V associer par la répétition à un mécanisme moteur obéissant (mots prononcés^.
Selon que la réflexion critique est impuissante, tyrannique ou normale, les associations d* états de conscience sont diffluentes, pauvres ou fécondes. On distingue, en considérant les termes associés, des associations par juxtaposition, par succession.
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par ressemblance, par contraste, etc. ; en realité, si on envisage r esprit même qui associe, toute association (Tidées se fait ordinairement par analogie de sentiment. Du délire à la rêverie, au lyrisme, au comique, au génie inventeur, cest presque toujours un sentiment commun que les termes associés exhibent.
Voir, entendre, toucher, éprouver des résistances, goûter une saveur, sentir un parfum, tous ces faits de conscience s'appellent des sensations. Ils sont situés dans l'espace et dépendent pour la plupart de Texerciced'un organe spécial,, appelé organe du sens.
Les sensations renaissent en l'absence de l'objet qui les a d'abord occasionnées. On les appelle alors des images. L'image est ordinairement moins intense et moins précise que la sensation proprement dite * . Tandis que les sensations s'ordonnent dans l'espace, les images sont classées dans le temps et s'appellent des souvenirs et des prévisions. Les images peuvent aussi s'associer suivant des lois tout à fait semblables à celles qui régissent les associations de sentiments*.
Mes sensations, mes images, souvenirs, imaginations» rêves et rêveries se présentent à moi tels quels, soit isolés, soit associés. Je ne fais que les constater : ce sont des faits d'expérience, ce sont les matériaux de V esprit. L'esprit luimême est ce qui constate ces faits ou leurs rapports. Une sensation est présentée, l'esprit l'observe ; un souvenir se produit, l'esprit essaie de le rapporter à sa date, se demande s'il n'est pas erroné ; des associations se forment et se dissolvent, l'esprit remarque les similitudes et les contrastes. Tel est L'esprit sous sa forme élémentaire. Nous reconnaissons ici dans leurs premières manifestations ces opérations fondamentales que nous étudierons plus loin : le jugement, le raisonnement. Juger c'est affirmer un rapport. Raisonner
I. V. Taine, De l'intelligence, t. I, liv. II, ch. i. 2 Voir plus haut, chap. ii.