‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 78 sur 150 · Cl. Bernard, Introd. à la méd. expérim., ch · texte numérisé non relu

Cl. Bernard, Introd. à la méd. expérim., ch

LA MÉMOIRE iSj

Les raisonnements proprement dits, les déductions et inductions en forme servent à mettre en ordre et k exposer les vérités qu'ont révélées des déductions et des inductions sentimentales, des associations d'idées spontanées, fondées sur le sentiment.

Quand des termes ne sont pas déduits les uns des autres en vertu du rapport de principe à conséquence, c'est par le sentiment qu'ils sont associés. Une idée peut s'épanouir en des séries de représentations dont les unes, directement insérées sur elle, la continuent, et dont les autres, parties pour ainsi dire à côté, lui font cortège ; c'est ainsi que le jaillissement d'une fusée développe une traînée d'étincelles jusqu'au panache terminal, et que d'autre part l'explosion du départ peut par contre-coup avoir fait partir un bouquet de fusées voisines. Pour la réflexion analytique, juger et raisonner, c'est associer des termes en vertu de qualités inhérentes aux termes associés eux-mêmes et non à l'esprit individuel qui opère la liaison. Mais dans la pensée synthétique spontanée les termes s'associent moins en vertu de leurs caractères vrais que de l'impression qu'ils ont faite sur l'individu. Il est des individus sur qui les choses font des impressions précisément conformes à leurs caractères vrais : ce sont des esprits justes ou des esprits inventifs. Le génie, c'est le don d'avoir des sentiments qui valent des pensées. Quand le sentiment individuel se trouve être le pressentiment des réalités, alors la pensée spontanée supplée la réflexion et même la dépasse, le sentiment va aussi loin et plus loin que la raison.

Nous avons parlé de l'intelligence sensitive. H y a aussi une mémoire, une imagination, une intelligence des sentiments: telle est celle des psychologues, des moralistes. Ils imaginent des âmes.

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