‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 87 sur 150 · L INVENTION I · texte numérisé non relu

L INVENTION I

méprisent volontiers ces stériles pédants qui prétendent régenter les créateurs, enfants des dieux. C'est là un préjugé. On peut apporter une forme nouvelle de critique. Cela vaut bien parfois des vers dont le monde eût pu se passer. De même la mise au point d'idées connues témoigne d'autant d'esprit d'invention que la résolution d'un problème historique ou scientifique sans intérêt.

Un esprit compréhensif est aussi utile à l'humanité qu'un inventeur. Il est comme le lien des intelligences. Sans lui les génies jaloux et étroits briseraient les attaches et les traditions de l'humanité. L'homme qui comprend la vie sait s'informer, s'éclairer, écouter. S'il n'agit pas lui-même il fournit au militant qu'il renseigne ses moyens d'action.

Les femmes sont des êtres d'imagination. Elles ont l'imagination psychologique, le don de se représenter vivement les souffrances, les sentiments, l'opinion d'au trui. Elles ressentent dans leur chair les maux dont elles ont pitié. C'est leur gloire et leur faiblesse de ne pouvoir rester enfermées dans leur âme. Tant que leurs sentiments sont indéterminés, leur préoccupation de l'opinion va jusqu'à la vanité, comme si elles avaient besoin de la sympathie publique en attendant l'âme élue; dès que leurs sentiments sont fixés, elles savent braver l'opinion. Elles ne se laissent pas détourner par des barrières abstraites, par les haines de doctrines, de familles, de castes ou de races; par delà les formules elles devinent lésâmes. Pour la Juliette de Shakespeare, l'obstacle des rivalités familiales n'existe pas. La Colomba de Mérimée* a un caractère viril et c'est son frère qui a un cœur de femme.

Les femmes ont aussi l'imagination sensitive, le sens de l'harmonie des couleurs, des formes, des mouvements, des saveurs, des odeurs. Malebranche reconnaît leur grande intelligence pour tout ce qui frappe les sens. « C'est aux femmes, dit-il, à décider des modes, à juger de la langue,

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