I. Lire P. Mérimée, Pages choisies (Colin
iqS l'imagination
à discerner le bon air et les belles manières. Elles ont plus de science, d'habileté et de finesse que les hommes sur ces choses. Tout ce qui dépend du goût est de leur ressort *. »
En revanche il leur reproche d'être dépourvues d'imagination scientifique. « Elles ne considèrent que l'écorce des choses; et leur imagination n'a point assez de force et d'étendue pour en percer le fond, et pour en comparer toutes les parties sans se distraire. Une bagatelle est capable de les détourner : le moindre cri les effraie : le plus petit mouvement les occupe. Enfin la manière, et non la réalité des choses, suflit pour remplir toute la capacité de leur esprit. » Ce jugement de Malebranche comporte d'honorables exceptions. Mais pour la plupart les femmes en effet ne sont guère disposées, elles si patientes et méthodiques dans les ouvrages de leur sexe, à prêter aux recherches intellectuelles ou expérimentales une attention soutenue. Elles n'ont pas l'esprit d'hypothèse. Les grandes théories scientifiques ou métaphysiques les déconcertent et les effraient, elles ont peu le sens du relatif, elles conçoivent mal des vérités partielles, provisoires, successives, des idées imaginées pour être mises à l'essai, des théories « pour voir » comme dit Cl. Bernard. En matière de sciences leur esprit est plus réceptif que constructif.
Cultiver et régler les dons naturels, voilà le rôle de l'éducation. La prédominance chez les femmes de l'imagination sentimentale et sensitive sur l'imagination scientifique et métaphysique indique à l'éducateur sa tâche. Les âmes féminines sont avides d'impressions fortes et ont besoin de s'appuyer sur une autre âme. Il faut à leur imagination passionnée un aliment et un guide, des excitations sentimentales et un directeur de conscience ; elles veulent que la vie, que la religion, que l'art, que les livres, que les études classiques même leur fournissent l'un et l'autre. Les romans ont sur elles une influence décisive, elles y cher-