I. Malebranche, Rech. de la vérité, II, i
ÉDUCATION DE l'iMACINATION I99
chent des émotions, elles y cherchent un idéal, une attitude à adopter dans la vie. Or ceux qu'on laisse aux mains des jeunes filles sont parfois d'une futilité et d'une faiblesse notoires, alors qu'il ne manque pas de chefs-d'œuvre à y mettre * .
Quant à l'éducation de l'attention, elle est l'objet des exercices classiques. L'étude élémentaire et pratique des sciences exactes et des sciences naturelles, en même temps qu'elle fait connaître un minimum indispensable de faits et de lois, astreint la pensée à une méthode. S'habituer à démêler Tordre des événements de la nature, voilà le meilleur moyen de mettre de l'ordre dans sa pensée. En possession des grands résultats de la science, animée de son esprit, l'intelligence ne se laisse plus obscurcir par les bizarreries de l'imagination et de l'association des idées, les superstitions s'évanouissent. L'harmonie de la pensée ne suffit pas, sans doute, à assurer celle du caractère; mais elle y peut contribuer. De même qu'en cherchant la régularité dans la nature l'esprit finit par la mettre en lui-même, ainsi les habitudes méthodiques de l'intelligence peuvent suggérer et faciliter à la volonté l'adoption d'une règle.
Enfin quoiqu'il n'y ait pas de recette pour inventer, il y a une éducation de l'imagination créatrice elle-même. On dit qu'en matière scientifique les femmes en sont dépourvues. Toute la faute en est peut-être à l'éducation que leur donnent les hommes. En tout cas il y a un domaine où leur imagination n'est par seulement réceptive mais combine et crée, c'est celui du sentiment. L'exercice de la composition littéraire, et plus spécialement de la composition sur des sujets de psychologie appliquée à la morale et à l'éducation, a pour objet de développer chez les jeunes filles cette imagination psychologique qui chez beaucoup est un don naturel.
I. Nous avons indiqué la collection des Pages choisies des grands écrivains classiques et des maîtres du roman contemporain (Colin, éd.).