‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 92 sur 150 · LA PAROLE · texte numérisé non relu

LA PAROLE

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s'aperçoit que les sons qu'il émet et les mouvements qu'il exécute sans intention exercent des influences. L'invention consiste à les répéter intentionnellement, à user de la voix et du geste comme d'un moyen. L'enfant met son invention à l'épreuve en observant l'effet produit sur autrui. Il la perfectionne grâce aux indications que lui fournissent les personnes qui l'entourent en lui montrant qu'elles ont compris ou qu'elles n'ont pas compris ce qu'il veut faire entendre. Il devient capable de contrôler lui-même ses progi^ès à mesure qu'il associe les sons que sa mémoire a notés avec les sensations que produisent les mouvements d'articulation. Chaque acquisition faite lui est le point de départ de conquêtes nouvelles. En apprenant à parler, il n'apprend pas seulement à parler, il acquiert quantité de connaissances sur les choses, les hommes et les actions. Tout mot nouveau que l'enfant met à sa disposition est un point de contact avec les objets et les personnes, une suggestion sociale qui le porte à observer les choses d'un certain point de vue ou à accomplir un certain acte.

Il faut dire plus. Chaque expression contient comme une règle pour la pensée et pour l'action. « Le feu brûle », cela signifie pour l'enfant, toutes les choses lumineuses (lampe, bougie, braise, fer rouge) font mal. C'est par la généralisation que l'enfant débute. Il ne fait pas l'expérience de tous les feux avant de se convaincre que son observation est valable dans tous les cas. Tout au contraire il a besoin d'apprendre à limiter sa généralisation première et de s'assurer que les miroirs et les diamants ne brûlent pas. « L'enfant apprend à nommer mon genou un genou. Immédiatement, il appelle le coin de la table un « genou » ; le bout du bois au feu se termine par un « genou » ; la montagne est un « gros genou », et la plume a « son petit genou aiguisé » *. Il ne faut pas croire que la démarche

I. Exemple emprunté à Baldwin, fnterprét. du dévelop. mental... f p. i33.

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spontanée de Tesprit consiste à s'élever du particulier au général : c'est la marche inverse qui lui est naturelle * , L'enfant a besoin d'apprendre à rétrécir son interprétation première des mots, à leur attribuer des acceptions de plus en plus déterminées.

Les explications mêmes que l'enfant réclame et obtient sont pour lui matière à observations nouvelles. Obligé de modifier sa conception primitive, il me renvoie le système nouveau qu'il a édifié, pour voir s'il a plus de chance de recevoir mon approbation. Une série de corrections successives l'amènent à construire autant de systèmes, jusqu'à ce qu'il en ait trouvé un qui le laisse constamment d'accord avec l'usage. Interpréter, comprendre, c'est imiter et inventer.

La lecture et l'écriture contribuent à cette éducation intellectuelle. Dans les livres, l'enfant trouve un enseignement verbal et un enseignement de choses méthodiquement gradué, plus cohérent et plus complet que les renseignements oraux recueillis ça et là ; l'action d'épeler lui permet de se représenter avec exactitude les sons qu'il n'imitait que par à peu près. C'est surtout en lisant qu'il apprend à isoler les mots dans les phrases, à reconnaître le même mot dans différentes phrases, à lui attribuer iine individualité* Les personnes qui ne savent pas lire n'articulent .pas nettement, elles confondent toute leur vie certains sons, elles distinguent mal les différents mots d'une phrase. En même temps l'enfant trouve dans les livres la vérification de notions déjà connues et il y découvre des notions nouvelles qui l'amènent à édifier des systèmes intellectuels de plus en plus compréhensifs.

L'écriture est d'abord un exercice d'imitation jusqu'à ce qu'elle soit devenue courante ; puis elle devient un moyen d'expression. L'enfant fait des rédactions, des devoirs, il écrit des lettres à ses parents et à ses amis ; pour formuler

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