‹ Psychologie d'artChapitre 16 sur 43 · M. F AL G U 1ÈRE ET M. CAR OL U S -DU R AN · texte numérisé non relu

M. F AL G U 1ÈRE ET M. CAR OL U S -DU R AN

Chaque époque a donc sa physionomie particulière et la diversité de chacune est singulièrement attachante. On considère le passé au gré de son caprice, et des figures toujours nouvelles s’animent dans le champ de l'imagination, concentrant en elles l’être de leur temps : on voit l’époque de François Ier, élégante d’une élégance ciselée et dorée, savourant l’art et gourmande de vié sensuelle dans l’état de griserie où la découverte de l’Italie vient de la mettre, ou bien celle delà jolie et froide Pompadour, jouant à l’esprit et à l’amour et y tuant le temps en y perdant sa vie, ou bien encore, la suivant aussitôt, celle de la grasse Du Barry où parmi des fleurs la jeunesse s’étiole dans la lassitude du plaisir; et cent autres, grandes ou petites, désordonnées ou austères, jamais semblables; on voit le second Empire, jouisseur et distrait, fait de coquetteries gracieuses et d’élégances apprêtées, que Baudry dans sa Léda ou dans la Toilette de Vénus a compris si bien -en l'embellissant. La dernière venue ne ressemblera donc à aucune autre, et bien qu’il soit hasardé de juger la personnalité même extérieure de cette époque-ci, non seulement parce que nous la vivons et qu’elle nous trompe, mais encore parce qu’elle n’a point pour la mettre en valeur et pour l’expliquer celle qui doit en sortir, la physionomie moderne passe

cependant devant nos yeux — élégante et colorée, spirituelle et indécise.

M. Falguière, qui si brillamment devait en devenir le maître, n’est arrivé que tard à sa possession. Dès son début, il a le sens et de la forme immobile, c’est-à-dire des belles proportions et des belles lignes, et de la forme qui s’anime, c’est-à-dire du mouvement humain; mais le goût qui est en lui, étouffé par les enseignements de l’Ecole, met un long temps à percer, et le jeune sculpteur n’avance que lentement à la conquête du mouvement moderne , recherche à recherche, année par année : célèbre en 1 8 G 4 , à trente-deux ans, avec son second envoi de Rome , le Vainqueur au combat de coqs , M. Falguière n’est véritablement lui-même que dans sa Diane de 1882. Il est curieux d’observer à ce propos combien est variable en sa durée le temps nécessaire à un artiste pour s’affirmer, en rapprochant du maître son illustre élève, M. Mercié, célèbre lui aussi avec son second envoi de Rome, David , et qui trouve dès son premier succès la forme mélancolique et tendrement belle où pour toujours doit se complaire son sentiment : si l’on veut expliquer une telle dissemblance, qui reste malgré tout mystérieuse, il convient de savoir queM. Falguière t's l tenu jusqu’à vingt-neuf ans sous la froide tutelle

Page 1