M. FALGUIÈRE ET M. GAROLUS-DUR AN
de Jouffrov et qu’il peut commencer alors seulement à réagir contre elle, tandis que M. Mercié est libre à vingt-trois ans et que l’atelier qu’il quitte est celui de.M. Falguière : on ne saurait dire d’ailleurs sans incertitude lequel est préférable de ces deux apprentissages de l’art; quoi qu’il en soit, l’élève avait trouvé sa formule alors que le maître cherchait encore la sienne. Retenu dans les leçons vieillies de l’Ecole, il devait apprendre l’art par lui-même en apprenant à exprimer la vie telle qu’il la voyait et la sentait, et, s’éprouvant à l’encontre des leçons reçues, arriver naturellement à saisir le mouvement moderne avec une assurance d’autant plus grande peut-être qu’il prenait moins vite connaissance de soi. Il avait du reste un goût de la réalité qui, lui faisant en sculpture poursuivre toujours de près la vérité du mouvement, devait l’entraîner en peinture jusqu à une représentation de la vie vulgaire, comme dans son tableau du Salon de 1892, Une servante : préoccupation très curieuse parce qu’elle est tout à fait exceptionnelle chez les sculpteurs qui peignent.
En 1859, M. Falguière remportait le prix de Rome avec un bas-relief : Mézence frappé par Enée . Le morceau de concours est au premier regard assez médiocre : bon travail d écote, conforme au sujet, suffisamment
violent et d’une anatomie bien régulière, mais d’un aspect quelconque’, déjà vu, sans sincérité parce qu’il est sans idée personnelle. On y pressent difficilement l’artiste dont tout l’art pourtant va en surgir : dans l’outrance du geste, à défaut de vie, on en trouve un désir; les chevaux à barrière-plan sont dans un mouvement animé et la Minerve qui apparaît a, sous sa raideur archaïque, quelque charme d’élégance. Aussitôt arrivé à Rome, le jeune homme, libre d’influences, commence à se découvrir, et son premier envoi, Joueurs de cerceau , dit assez, par le choix du sujet, la nouveauté de la recherche. Son second envoi, le Vainqueur au combat de coqs , est exposé au Salon de 1864 avec un grand succès; la forme en est belle et son geste encore antique est déjà de la vie : effort classique, qui, dans le Martyr chrétien va se vivifier, se féminiser dans Ophélie , s’assouplir dans la Danseuse égyptienne et triompher dans la Diane .
Après le Martyr chrétien , ce délicat adolescent Tardsius, que les critiques de 1867 rangent « parmi les œuvres qui durent » et où le mouvement, expression entière de la vie intérieure, est trouvé, voici Ophélie au Salon de 1869 : Mlle Nillson a posé et la statue est bien une femme, mais elle reste, malgré la réalité du modèle, une rêveuse d’un temps indéterminé, et Mantz