M. F AL GU 1ÈRE ET M. GAROLUS-DUR AN
en scène somptueuse de la vie, large, parfois lourde. Le faste d’aujourd’hui, contre lequel le confortable anglais lutte, est très différent d’ailleurs de celui de Louis XIY, ou bien de celui des Orientaux — souvenir des grandeurs évanouies conservé héréditairement — qui, démocratisé, est employé par les plus humbles aux plus simples habitudes de la vie. Gomme les leurs, désireux de décoration et d’apparat, le nôtre a sa particularité qui peut se voir à la toilette des femmes, sans grandeur, toute d’élégance, serrée à la taille, mais — qu’elles portent des manches larges ou des manches plates — aisée toujours, avec quelque chose qui luit et qui bruit parmi des frissons de soie ou des reflets de satin.
Les qualités des femmes élégantes avec faste, l’éclat, l’ampleur et le luxe sont les qualités de M. Carolus- Duran. Il y a de l’éclat dans tous les portraits et toutes les figures de ce maître, dans la belle Dame au gant de 1869 comme dans l’enchanteresse Dame au voile de 1896, l’une en noir, l’autre en blanc, éclairées toutes deux de cette clarté qui, illuminant une femme ou un portrait, est renvoyée par eux, lumière réfractée qui rayonne, mystérieuse splendeur dont s’embellissent les teints blonds et les teints bruns, le blanc et le noir : la beauté éclatante est faite de ce rayonnement — et
encore de cette précision des lignes et de cette richesse des chairs qui lui donnent un air majestueux. L’ampleur ainsi se joint naturellement à l’éclat, l’ampleur qui fait la prestance et qui donne le prestige : elle est une manière d’être opulente qui permet de prendre avec aisance et complaisance sa place dans l’espace, elle est décorative et elle se prête au luxe. Et M. Carolus-Duran, qu’il représente Mlle Croizette en amazone ou la comtesse Yandal dans sa pelisse ouverte, élargit par sa vision l’ampleur même des mouvements et des modes. Avec ce sentiment esthétique qui le fait peindre « large », il a le sentiment sensuel du luxe, qui fait riche sa peinture : il en goûte l’accessoire et le superflu, les voulant beaux jusqu’à la magnificence; il se complaît amoureusement à la richesse des étoffes — caressantes et décevantes enveloppes de la femme — devenues plus riches encore dans leur beauté peinte, satins, fourrures et moires, peluches et soies, gazes et taffetas, dentelles, velours et brocatelles, — miroitements et susurrements. 11 aime la mode en maître; il ne la suit pas comme le font inconsidérément quelques-uns à travers ses continuelles transformations, il l’apprécie, l’interprète, la corrige, la dirige, donnant la grandeur de l’art aux futilités qu’il touche, préparant aux passantes leur coquetterie du lendemain.