‹ Psychologie d'artChapitre 25 sur 43 · M. FALGUIÈRE ET M. G ARO LU S-DU R AN · texte numérisé non relu

M. FALGUIÈRE ET M. G ARO LU S-DU R AN

Le goût de l’époque est aussi porté vers la couleur : nous en avons l’amour et le caprice, et le plaisir que nous prenons à la voir et à nous entourer d’elle est une des marques très particulières de ce temps-ci. Assurément elle a toujours été partout dans la nature, mais nous l’y voyons aujourd’hui d’une façon pénétrante, presque neuve, ce pendant que notre vie s’encadre de couleurs tendres ou violentes, qui nous accompagnent et qui nous parlent : nous en voulons sur les murs de nos rues et sur les murs de nos intérieurs, nous nous en meublons, nous nous en fleurissons, nous nous en faisons des spectacles. En même temps, nous poursuivons la lumière, cette joueuse de couleurs, et par les investigations de la science attachée passionnément à la production des lumières artificielles, et par les recherches d’un art épris des décompositions lumineuses qui, selon l’idée impressionniste, se plaît au détail des colorations du plein air et, quel qu’en soit l’excès, produit des œuvres aussi belles et justes que celles de M. Claude Monet.

]N ombreuses sont les manifestations de notre goût pour la couleur. Les affiches dont les Grasset, les Chéret, les Steinlen éclairent nos murs en paraissent être la plus éclatante : panneaux peints pour la joie de la rue, vie des murailles grises jadis enlaidies

par l’annonce écrite en monotones caractères, appel des yenx approprié merveilleusement à nos réclames bruyantes, animation du mouvement et surtout agitation de la couleur, gaies profusions d’art jetées le long de nos courses et qui sont sans doute la plus originale nouveauté de cette époque, rouges qui flambent, bleus qui fuient, jaunes qui caressent, verts qui sourient. Il se manifeste aussi par les étoffes que nous aimons, ces soieries ou ces lainages aux teintes indéfiniment diverses et nouvelles que la chimie industrielle infatigablement compose, ces étoffes Liberty, légères et souples, aux claires et vives colorations, venues d’Angleterre mais faites si françaises par les dessins de Grasset aux arabesques harmonieuses et folles, et qui, robes, meubles ou tentures, sont un plaisir familier de nos yeux. Il se laisse voir encore aux fleurs dont nous colorons à pleines mains nos intérieurs et notre vie, que nous répandons autour de nous, partout, aux heures souriantes comme aux heures de larmes, dans la solitude de notre intimité et dans l’éclat de nos fêtes, — à ces fleurs devenues, du chrysanthème à l’orchidée, le luxe de tous et qui consolent les pauvres gens par la joie de leurs nuances. Ainsi que dans nos maisons et dans nos rues, nous aimons les couleurs dans le divertissement de nos spectacles ; lès combinaisons de

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