‹ Psychologie d'artChapitre 26 sur 43 · M. FALGUIÈRE ET'M. CAROLUS-DURAN · texte numérisé non relu

M. FALGUIÈRE ET'M. CAROLUS-DURAN

lumières, où elles se poursuivent, s’enlacent, se fuient, nous enchantent; et les deux plaisirs des yeux qui aient le plus séduit notre temps ont été ces fontaines lumineuses aux eaux qui jaillissent en colorations mobiles se donnant, se dérobant et se redonnant, et les danses de la Loïe Fuller où les couleurs, devenues dans les plis de sa robe des voltigements de nuages, passent,

— rouges, roses, mauves, verts, blancs caressés d’opale, jaunes d’orange ou d’or, bleus de ciel ou de mer, — vivantes, prenantes, entraînantes, voluptueuses, magiques, — et, insaisissables, emplissent les yeux.

M. Carolus-Duran, épris comme nous de la couleur, l’aime sensuellement et fougueusement. Elle s’anime et, devenant son but, elle ne lui est plus seulement un moyen d’expression, mais son expression même,

— ainsi qu’elle l’était et au Véronèse et à Rubens. Toutefois, entre ces deux maîtres, riches de la même richesse que lui, il existe une dissemblance : le Véronèse trouve sur sa palette, dans le mélange de ses pâtes, ces merveilleux tons vénitiens, caressés et chauds, qu’il étend uniment sur sa toile tels qu’ils sont venus et qui appellent l’œil par leur extraordinaire coloration; Rubens, lui, quand il a obtenu et employé des couleurs, de moins belle qualité le plus souvent que les nuances vénitiennes, les soutient, les dégrade,

les excite, les magnifie; en un mot, il les présente d’une éclatante et admirable manière : dissemblance qui devient très sensible dans les reproductions photographiques où le coloris disparaît, alors que les valeurs restent, et où perd davantage l’art du Véronèse. M. Carolus-Duran ressemble à Rubens; il arrive comme lui par le sens des valeurs à la beauté des nuances. Mais si, comme lui, il aime la couleur pour elle-même, on doit observer qu’il en recherche toujours l’appropriation, bien que constamment elle demeure son but, alors que Rubens reste indifférent à l’Idée dans l’emportement d’un coloris qu’il ne songe qu’à faire éclater partout : on regarde le Triomphe de la Religion , du maître flamand, ou même sa Descente de Croix , splendide, où les couleurs flambent comme de la lumière, et l’on y sent que l’effort de l’artiste n’a été que la jouissance de peindre parmi la magnificence des mouvements; on regarde la Dernière heure du Christ , du maître français, et l’on y voit, dans le caressé des nuances, le désir de l’expression troublante, grandiose et surhumaine, — la poursuite d’une idée.

Cet amour de M. Carolus-Duran pour la couleur se montre dans ses morceaux de nu, dont quelques-uns resteront parmi les plus beaux de notre temps : il y peint les chairs à fleur de peau, riches et éclatantes,

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