M. FALGUIÈRE ET M. CAROLUS-DUR AN
des choses vraies; fantaisie qui est à lui — puisqu’on la lui reproche déjà — dès le Vainqueur au combat de coqs , et qu’il garde toujours, la faisant servir, en artiste sûr de son idée, à la synthèse même du mouvement, ainsi que dans cette Nymphe chasseresse , que les chercheurs de l’exclusive réalité blâment de ne pas courir comme on court dans la rue. Enfin il a l’ironie des femmes spirituelles; mais la sienne ne porte pas sur des accidents et sur des détails de l’existence : elle touche à l’idée de 1’ « éternel féminin » et dès lors devient une philosophie.
La philosophie ironiste de M. F aiguière se retrouve dans toutes ses figures de femmes qui demeurent la plus profonde expression de lui-même : qu’elles soient hautaines et dédaigneuses, comme la plupart d’entre elles, ou riantes et insouciantes, toutes disent l’ironie, nymphes ou Dianes qui se plaisent à faire souffrir. Les tendances de sa nature devaient amener M. Falguière à une telle conception. De même que tous les hommes doués de qualités féminines, il a une compréhension et un sens particuliers de la femme ; elle est sa préoccupation constante : il l’aime non avec l’irréfléchie passion de l’amoureux, mais avec l’exigeante poursuite du sentimental; et si ces deux moyens de la rechercher produisent à l’heure delà déception une souffrance
également profonde, il faut noter toutefois que la poursuite sentimentale, moins violente que la passion amoureuse, est plus qu’elle curieuse de détails : d’où une inquiétude et une susceptibilité qui deviennent des causes d’ironie, car les ironistes sont des sentimentaux froissés par l’éternelle inutilité de leur ardeur, trop souvent aventureuse et irraisonnable, et aussi par les vulgarités ambiantes de la vie ordinaire. Ils ont observé les femmes en les aimant et, à trop voir en elles la source mystérieuse d’un secret qu’elles gardent et que parfois elles n’ont pas, ils se donnent à eux-mêmes ce sourire mystérieux et inatteignable dont ils ont souffert.
L’ironie est une habitude des âmes sensibles, trop familiarisées avec la vie et défiantes de ses surprises, qui se vengent de leur sensibilité en riant d’elle ou peutêtre la protègent en la cachant. L’artiste qui s’est approprié cette manière de voir et de vivre, la transpose de la réalité dans son œuvre où, avec le goût de la synthèse, il généralise sa vision, et Léonard, peignant une femme de son temps qui s’appelle Mona Lisa, crée la Jocondc. Ainsi M. Falguière, animant ses héroïnes de son ironie, fait de sa première Diane la femme dédaigneuse de l’amour et, en sa beauté vaine, méprisante des hommes et de leurs désirs ; il s’attaque à l’en-