MANET — M. CLAUDE MONET — M. DEGAS ET M. RENOIR
LES IMPRESSIONNISTES
Quand le musée du Luxembourg s'agrandit en 1897 d’une salle nouvelle, consacrée tout entière à l’art impressionniste, les agitations et les discussions que l’événement provoqua donnèrent la mesure de son importance. Cependant aucun des tableaux exposés n’était nouveau pour la foule venue nombreuse et curieuse, par instants bruyante, chercheuse le plus souvent ; mais — vus ici et là, à la galerie Georges Petit ou chez Durand-Ruel, même à l’Ecole des Beaux- Arts, — ils prenaient tout à coup une nouvelle physionomie et comme une signification inattendue par leur assemblage officiel dans une salle publique : effet naturel à une époque où, n’ayant plus de direction sur les arts, l’Etat du moins en est devenu le conservateur. Déjà, isolément, en leur donnant, malgré leurs tendances, les honneurs du musée, il avait reconnu, un à
un, plusieurs peintres impressionnistes : Manet, Eva Gonzalès, Berthe Morisot, M. Renoir; mais il restait ignorant de leur effort ou, plus exactement, il s’était détourné de lui, le laissant s’accomplir, le laissant s’achever. L’événement devenait alors une consécration et marquait une date dans l’histoire de l’art au xixe siècle.
Le mouvement impressionniste, issu vers 1850 de la volonté solitaire de Courbet, s’était présenté dès la fin du second Empire, sous sa forme définitive, dirigé tenacement et par Manet et par M. Claude Monet, qui autour d’eux groupaient une dizaine de peintres courageux et indisciplinés. Les nouveaux venus décidaient, pour toute règle, de s’en tenir à la seule constatation des faits par la seule perception des sens, et ils s’éprenaient d’amour pour les phénomènes lumineux de l’air. Leurs débuts furent naturellement pénibles avec des œuvres qui surprenaient les yeux en troublant des habitudes de vision : même on les couvrit de ridicule, ce que nous sommes toujours enclins à faire pour protéger l’indolence où nous aimons à nous reposer. Ils s’appelaient des indépendants : on les appela les intransigean ts, les réalistes, les naturalistes, enfin les impressionnistes, du titre d’un tableau de M. Claude Monet; et ce nom leur est reslé, bien qu’il ne
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leur soit pas distinctif dans son imprécise généralité. La marche en avant était lente, mais elle fut continue, et, avant de mourir, Manet put connaître l’estime et il entrevit ce succès, qu’il avait, tout en restant fidèle à sa volonté, désiré avec des désirs d’enfant. L’exposition de son œuvre, faite après sa mort à l’École des Beaux- Arts, en 1884, fut la première victoire de l’impressionnisme; ensuite vinrent les expositions successives de M. Claude Monet et celles de M. Renoir : peu à peu se terminait la lutte, et, en signe de partie gagnée, largent, à une heure où le groupe impressionniste avait eu déjà son plus grand éclat, vint à lui. L’État apparut alors et il classa le mouvement en le reconnaissant; mais sa bonne volonté fut aidée singulièrement par la . libéralité du peintre Caillebotte qui d’un coup lui donna l'occasion et les moyens d’ouvrir à l’art impressionniste le musée du Luxembourg.
Lorsqu’on entre dans cette salle qui pourrait avoir comme frontispice le tableau de M/ Fan tin où le maître jadis représenta dans leur sévère ^réalité les volontaires de l’art nouveau pour lequel il s’était pris d’enthousiasme avant de partir vers le rêve de ses légendes d’or, on se sent dans une atmosphère particulière, dans un milieu, ce qui est rarement une sensation de musée. Ce milieu est clair : toutefois ce qu’on y
éprouve n’est pas surtout une impression de clarté, déjà donnée par des peintres de tous les temps, mais bien de lumière habituelle, de cette lumière ambiante, rayonnement du soleil, qui nous entourait dans la rue d’où nous venons et qui nous entoure dans l’intérieur où nous sommes. En même temps l’on a dans cette salle la sensation de l’incomplet, et I on est pris de ce désir hésitant que nous donne la vue des choses presque belles, des œuvres qui ont de la force et qui n’ont pas de maîtrise : ce que cause l’imperfection même de leurs auteurs rendus imparfaits avant tout par l’étroitesse de leur théorie. Puis, à lentement regarder les cinquante tableaux exposés, on constate que l'impressionnisme,
• malgré ses divergences, se réduit à trois idées : la reproduction du réel, la recherche de la lumière, la poursuite du détail instantané de la vie, et qu’à chacune de ces idées a répondu le génie d’un de ses peintres : Manet entraîné à la première, M. Claude Monct à la seconde, et, à la troisième, ces deux artistes si dissemblables : M. Degas et M. Renoir.
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