‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 10 sur 171 · MCuvfes cotniiU'les. Il, ji · texte numérisé non relu

MCuvfes cotniiU'les. Il, ji

PSYCHOLOGIE I)i: SAINT-SIMON 17

Europe, il conçoit pour la première fois le désir « de voir fleurir dans sa patrie la liberté industrielle, cette plante d'un nouveau monde' ».

A la paix, le dégoût des armes le gagne tout à fait et il sent clairement que sa vocation n'est pas d'être soldat.

« J'étais porté, dit-il, à un genre d'activité tout différent, et je puis dire contraire. Étudier la marche de l'esprit humain pour travailler ensuite au perfectionnement de la civilisation, ce fut le but que je me proposai. Je m'y vouai dès lors sans partage, j'y consacrai ma vie entière, et ce nouveau travail commença à occuper toutes mes forces - ».

Saint-Simon écrivait ces lignes en 1817 alors qu'il avait pris une conscience très nette de sa mission, et peut-être a-t-il cédé, comme il a fait souvent, au désir de reconstruire son passé pour le rendre plus digne de lui. Ce qu'il y a de certain c'est que nous allons le trouver encore, et pendant longtemps, occupé de projets divers, pas toujours très cohérents ni très raisonnes, mais qui traduisent bien ce besoin d'activité théorique et pratique qui ne l'abandonna jamais.

C'est ainsi qu'en 1783, avant do quitter l'Amérique, il propose au vice-roi du Mexique le projet « d'établir entre deux mers une communication qui est possible, dit-il, en rendant navigable la rivière iti parlido, dont une bouche verse dans notre Océan tandis que l'autre se décharge dans la mer du Sud ^). C'était Panama avant Suez, mais le viceroi, dit Saint-Simon, accueillit froidement ces propositions \

Rentré en France, il est fait colonel à vingt-trois ans et nommé commandant de place à Metz. — Pour occuper les loisirs que lui laisse la vie de garnison, il revient un moment à ses études scientifiques, va suivre les cours de mathéma-

\. (At,uvres cotnplèles, II. p. 1o3.

t. Œuvres complètes, II. p. 148.

-i. Œuvres complètes, 1, p. C4.

4. La rivière en question n'est d'ailleurs indiquée sur aucune carte du Mexique.

DiMAs. — Deux messies. 2

is DKi'x Mi:ssii:s POSITIVISTKS

tiques de Monge à l'école du génie de Méziôres et se lie avec son professeur d'une étroite amitié. Puis, ennuyé de son désœuvrement et repris du goût des aventures, il part pour la Hollande en 1785, avec l'espoir de participer, sous les ordres de Bouille, à une expédition franco-hollandaise contre les colonies anglaises de l'Inde. Il revient de Hollande en 1780 et part pour l'Espagne en 1787, car un nouveau projet le préoccupe ; il veut, de concert avec le comte deCabarrus, fondateur de la banque Saint-Charles, donner au gouvernement espagnol le moyen d'exécuter un canal qui doit relier Madrid à la mer. Mais la Kévolution éclate et Saint-Simon revient en France vers la fin de 1780.

Que va-t-il faire? — Voici, semble-t-il, le moment de réaliser bien des programmes, de travailler pour le bien de tous et de passer de la rêverie philosophique à l'action. 11 commence par applaudir à l'œuvre de la Constituante ; nommé président de l'assemblée électorale de sa commune, il adresse à ses électeurs une lettre de remerciements, où il exprime la crainte qu'ils n'aient voulu honorer en lui le seigneur du pays. « Il n'y a plus de seigneur », leur écritil *, et il déclare renoncer à son litre de comte. Six mois plus tard, il fait voter une adresse à la Constituante pour lui demander l'abolition « des distinctions impies de la naissance "^ ».

Mais là se borne son rôle politique et l'on conviendra qu'il se réduit à peu de chose. De bonne heure le ci-devant noble se retire de la mêlée et reste spectateur. Ce n'est assurément pas excès de prudence, mais il semble partagé entre ses traditions de famille et ses idées libérales et peu désireux d'autre part de participer à des actes qui n'ont que des caractères négatifs et destructifs, << Je ne voulais pas, dit-il, me môler de la Révolution, parce que d'un côté j'avais de l'aversion pour la destruction et qu'il n'était possible de se

1. Sulice hislorique de Fournel, I*' vol. de la collcclion Kmuiiliii, p. lô.

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