‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 100 sur 171 · l'ol. inmillve. II. XX · texte numérisé non relu

l'ol. inmillve. II. XX

devienne enfin inséparable du mien, dans les plus lointains souvenirs de l'humanité reconnaissante '. »

Dans l'ordre pratique il se considérait comme le chef religieux de l'Occident régénéré, il réclamait le Panthéon « usurpé par le catholicisme » pour la célébration du culte positiviste, pour l'exercice de cette religion nouvelle dont il avait formulé les rites, et, comme représentant du nouveau pouvoir spirituel, comme pape scientifique, il conseillait les hommes politiques, il écrivait à M. Vieillard sénateur, à l'ancien vizir Reschid-pacha, au tsar lui-même, pour défendre ou pour exposer la politique conservatrice du positivisme. 11 alla jusqu'à concevoir la possibilité d'un rapprochement entre les positivistes et les jésuites, et il adressa au général de la compagnie un ambassadeur extraordinaire pour lui proposer une alliance contre les protestants et les sceptiques -.

Ce n'est pas tout : il tenait toute prête une constitution nouvelle de la Société humaine, une organisation précise du nouveau pouvoir spirituel et du nouveau pouvoir temporel qui devaient régir à l'avenir toutes les nations occidentales; il instituait le gouvernement politique des banquiers dans chaque pays, l'autorité spirituelle d'un seul pontife pour toute la race humaine, et il fixait à trente-trois ans le temps nécessaire pour le complet établissement du positivisme sur la Terre.

Je n'ai pas à insister, pour le moment, sur ces constructions sociales; si j'en parle, c'est pour montrer à quelle hauteur l'orgueil de Comte était monté, quelle confiance il avait alors dans le succès du positivisme et quels progrès il avait fait dans sa foi à mesure que le système s'éclaircissait et se formulait.

Tous ceux qui l'ont approché dans ses dernières années ont pu éprouver les effets de cette confiance et de cet orgueil.

i. Pol. Pos., I p. xx-xxi.

2. J'ai raconté cette ambassade dans la Revue de Paris du l" octobre 1898.

184 DEUX MliSSIES POSITIVISTES

Le grand prêtre n'admettait plus ni discussion ni critique ; il excommuniait les rebelles, les expulsait de la société positiviste qu'il avait fondée et ne leur pardonnait pas de méconnaître le caractère religieux et quasi sacré dont il s'était investi. N'osait-il pas en effet écrire à de Blignières. « J'ai publiquement saisi le pontificat qui m'était normalement échu; loin d'exciter la moindre réclamation, cet événement fit bientôt surgir chez plusieurs de mes correspondants occidentaux la suscription extérieure : Au vénéré gratul préue de l'humanité ; manifestation surtout décisive sous les armoieries papales, dans les lettres mensuelles que m'adresse de Rome votre ancien camarade de polytechnique, Alfred Sabatier, que vous n'oseriez aucunement taxer de servilité, quoique vous ne puissiez jamais sentir combien il vous surpasse de cœur, d'esprit et même de caractère \ »

Quand la réahté ne se pliait pas à son rêve il l'interprétait à sa manière et rien n'est plus curieux que les conclusions que tirait toujours son orgueil des événements qui auraient dû l'humilier ou le froisser.

Il avait voulu fonder à plusieurs reprises la Reçue occidentale qui échoua, et c'est en ces termes flatteurs qu'il apprécie son échec : « Le public d'élite auquel je m'adresse a mieux senti que moi l'incompatibilité d'une telle tentative avec la tendance générale d'une doctrine qui vient spontanément éteindre le journalisme - » ; le journalisme était en effet pour lui l'organe naturel des idées révolutionnaires.

Quand le gouvernement du coup d'Ëlat fit fermer son cours du Palais-Royal, il se flatta d'abord de le forcer à revenir sur sa décision, puis il se consola en disant « que le gouvernement, plus clairvoyant que lui, avait compris qu'il ne convenait plus au grand prêtre de l'Humanité de paraître dans une chaire et devant un auditoire ' ».

i. Correspondance, Troisième partie, p. ;J20-21.

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