Littré, op. eJ
482 DEliX MESSIES POSITIVISTES
demanda de l'argent à des Américains, il pria M. Vieillard, sénateur, d'en demander pour lui aux conservateurs qu'il croyait pouvoir rallier à la politique du positivisme, bien convaincu que l'importance de son rôle social légitimait ces demandes. — « Les grands travaux, disait-il, qui m'ont attiré ce sort exceptionnel m'assurent aussi le concours croissant des actives sympathies intellectuelles et sociales qu'exige une telle destinée ^ »
Tel est l'état d'esprit dans lequel il aborda et termina la seconde partie de son œuvre, la réorganisation politique du monde par le positivisme: à l'autorité religieuse des papes il voulait substituer celle des sociologues et se considérait comme le grand prêtre de la religion nouvelle dont il réglait le dogme et le culte jusque dans les moindres détails ; à la place de la puissance déchue des féodaux et des rois il proclamait le règne temporel des industriels et des banquiers ; il réalisait dans sa pensée et dans son œuvre ce régime nouveau dont il avait fait la foi de sa vie et il légiférait encore lorsque la mort le surprit en 1857,
C'est le moment du plein épanouissement de son orgueil cl de sa foi.
Dans l'ordre théorique il se croyait depuis Kant le plus grand penseur que l'Occident eût produit; il disait qu'il avait uni la science d'Arislote au génie politique de saint Paul, il parlait, sans l'ombre d'un doute, de l'incomparable mission que lui avait assignée l'ensemble de l'évolution humaine. Il était sûr de son immortalité ; il savait que la postérité le mettrait au rang de Descartes et d'Arislote, il faisait espérer à son amie Clolilde qu'il la rendrait immortelle. « Comme principale récompense personnelle des nobles travaux qui me restent à accomplir sous ta puissante invocation, j'obtiendrai pcut-ôlre, lui di?ait-il dans la dédicace de son St/s/hnc dr Polit kj m' /losi/ivr, que ton nom