W. pns., I, p
i. Testament, p. 32.
186 DEUX MKSSIES POSITIVISTES
et, quand il fut exclu de l'École polytechnique, il parla trop souvent et trop de cette spoliation. Ici encore son orgueil s'abusait; il se croyait toujours le centre des choses; il ne pouvait pas juger plus impartialement ses ennemis que ses admirateurs.
Mais le caractère propre de cet orgueil, c'est qu'il reste toujours social et comme imposé au philosophe par son système et sa mission ; sans doute Comte a la plus haute idée de son intelligence ; la « confiance radicale' » qu'il se reconnaissait à dix-sept ans ne Ta jamais quitté; mais c'est toujours au nom de son œuvre sociale, de son rôle de Providence, qu'il réclame l'adhésion ou la protection des hommes; ce n'est pas pour lui, c'est pour le positivisme qu'il accepte ou sollicite le tribut de l'Occident.
C'est encore au nom de sa doctrine, bien plus qu'en son nom, qu'il parle aux hommes d'État et aux rois, qu'il interprète comme des adhésions profondes pour le système les éloges banals qui ne vont qu'à sa personne. A travers toutes les formules naïves par lesquelles il se traduit, son orgueil garde un caractère impersonnel qui l'ennoblit.
Comte avait en effet sacrifié à l'OEuvre tout ce qu'il y avait en lui d'égoïste, de vaiiï, de passager ; il avait supporté pour rŒucre la misère et le malheur, il avait vécu dans l'incertitude du lendemain, oublié jusqu'à cet amour-propre que tout autre que lui eût appelé sa dignité ; il avait fini par ne faire plus qu'un avec le système, et cette soumission volontaire de la pensée individuelle à la pensée réformatrice va nous expliquer ce qu'il y eut parfois d'étrange dans les jugements trop systématiques qu'il porta toujours sur les hommes, sur les choses et sur la vie.