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jusqu'au fétichisme, en m'arrêtant d'abord au monothéisme, puis davantage au polythéisme. Dans les cinq mois suivants, à mesure que. malgré les remèdes, ma spontanéité ramenait l'existence normale, je remontai nettement du fétichisme au polythéisme et de celui-ci au monothéisme d'où je revins promptement à ma positivité préalable'. » Cette confirmalion personnelle de la loi des trois états paraîtra des plus contestables à tout aliéniste : les maniaques ne sont pas plus fétichistes que polythéistes ; ils sont incohérents, et le désordre de leur pensée ne m'a jamais paru réductible à des règles aussi philosophiques. Comte s'est évidemment livré à une organisation artificielle de ses souvenirs dans le sens du système ; il a refait sa maladie.
Cette façon de juger, il l'applique aux autres comme à luimême, et il arrive à formuler ainsi, sur de simples individus, des opinions dont la généralité fait sourire. Sa femme lui avait rendu la vie dure par son caractère désagréable et despotique ; il déclare, après s'en être séparé, qu'elle a été élevée « dans de vicieux principes et suivant une fausse appréciation de la condition nécessaire de son sexe dans l'économie humaine^ ». « Son défaut total d'inclination pour moi n'a jamais permis, ajoute-t-il, que sa tendance indisciplinable et despotique pût être, à mon égard, suffisamment compensée par ces affectueuses dispositions, seul privilège où les femmes ne puissent être suppléées, et dont l'anarchie actuelle les empêche de sentir convenablement l'heureuse puissance. »
Quelques années après, Liltré ayant essayé de le réconcilier avec sa femme qui désirait réintégrer, pour la quatrième fois, le domicile conjugal, Comte refusa très nettement, en formulant un jugement plus systématique et plus étrange encore que le premier : u Depuis notre fatal mariage du 19 février 1825, sa conduite, quoique très licencieuse, n'in-
J. l'ul. pus., m. Vo.
i. Lellres à Mill, p. 75.
PSYCHOLOGIE D Al Gl'STE COMTK 191
diqua jamais envers personne un véritable attachement; les deux autres instincts altruistes, soit vénération, soit bonté, lui sont encore plus étrangers. Malgré ses airs positivistes, sa nature restera purement révolutionnaire ^ » C'est encore la loi des trois états qui sert de point de comparaison ; M""' Comte, caractère insoumis, s'est arrêtée à la période critique et révolutionnaire, sans pouvoir arriver à la période d'organisation et de soumission positive. Comte mobilise ainsi toute une théorie pour expliquer des querelles de ménage ; il éprouve le besoin de rendre philosophique l'aversion qu'il a pour sa femme, comme si d'ôtre trompé ne suffisait pas.
On retrouve toujours cette môme tendance dans les jugements qu'il porte sur les hommes, amis ou ennemis. Quand son viel ami Blainville meurt en ISrjO, il a le mauvais goût de prononcer sur sa tombe un long discours où, comme représentant de la religion de l'humanité, il apprécie sévèrement l'homme qui lui fit tant de bien. « La destinée théorique de Blainville présente, dit-il, une insuffisante harmonie entre l'aptitude intellectuelle et la disposition sociale. L'ayant essentiellement jugé d'après ce qu'il pouvait faire, je me suis toujours expliqué ainsi l'irrécusable imperfection de son développement effectif-. »
Dès les premiers mots, les prêtres et les collègues de Blainville, professeurs et membres de l'Institut, justement froissés de ce manque de tact, s'étaient silencieusement retirés ; Comte, bien loin de s'émouvoir de cette désapprobation, en tira au contraire des conclusions générales favorables à son système : « Pour mieux comprendre ce discours, dit-il en le publiant, il faut noter que son début avait déterminé le brusque départ de tous les représentants officiels des diverses classesen décadence, théologiques et académiques \ »