l'ol. poH., I, p. xiv-xv
k. Testament, \>. VM.
PSYCHOLOGIE IJAIÎGUSTI-: COMTK 211
lelligence » [Ibid., p. 435). « Les passages abondent où M. Comte établit celte doctrine *. »
Après quelques pages de discussion, il arrive à la conclusion suivante :
( Le mot cœur est pris ici en deux sens non distingués, l'un qui est celui que nous connaissons tous, l'autre est le sens que les mystiques donnent à leur sentiment intime. Dans le premier sens, le cœur n'a de conflit ni historique ni psychologique avec l'esprit, et tous les deuv se coordonnent pour former l'évolution progressive. Dans le second, le cœur devient, par la transformation mystique, un centre enflammé dont l'ardeur est supérieure à toute clairvoyance ; mais alors l'histoire et la psychologie, sans ignorer la mysticité, viennent déclarer qu'il n'y a jamais eu, qu'il ne peut rien y avoir de pareil à ce rôle du cœur-, »
Telle est l'interprétation de Liltré. Nous savons déjà que son interprétation de la méthode subjective ne vaut rien; celle-ci vaut-elle mieux ?
Je n'ai pas besoin d'insister longuement, après tout ce qui précède, pour montrer tout d'abord qu'il a mal compris * l'opposition de l'esprit et du cœur : l'esprit, c'est la spéculation rationnelle ; le cœur, c'est le sentiment social, l'amour des autres, et la subordination de l'esprit au cœur c'est la subordination des recherches scientifiques à l'ulilité sociale, sous l'influence du sentiment. L'insurrection de l'esprit contre le cœur, qui s'étend du xvi^ siècle à nos jours, c'est l'insurrection de la critique contre l'ordre social établi par le moyen âge, et de la raison individuelle contre le sentiment social. Le contexte ne laisse aucun doute sur cette signification des mots cœur et esprit, et si Littré avait fait des citations plus complètes au lieu de citer des membres de phrases, il n'aurait pu lui-môme hésiter.
Est-il vrai maintenant que par ce mot cœur Auguste Comte
l. Lillrc, Op. fil., p. o40.
'2. Littro. Op. cit., p. 546.
m DEUX MESSIES POSITIVISTES
ait parfois entendu la connaissance sentimentale des mystiques, l'intuition immédiate de l'amour qui nous place en dehors de toute logique intellectuelle, au centre de la vérité? Si Auguste Comte a donné ce sens au mot cœur, on peut le ranger sans réserves parmi les mystiques, car le mysticisme est surtout dans cette conception du sentiment et du cœur ; mais Littré ne cite aucun texte à l'appui de cette interprétation ; il la propose sans la justifier, et la justification eût été de fait impossible.
Ce n'est pas qu'Auguste Comte ne donne pas à l'amour un rôle d'initiation dans la conversion des âmes au positivisme, et j'ai cité à dessein quelques phrases où il parle de ce rôle de l'amour; mais on ne peut sans erreur voir là une méthode nouvelle, opposée à la méthode rationnelle ou même indépendante de cette méthode. Sans doute l'amour peut nous placer d'emblée au véritable point de vue social où la voie scientifique ne peut nous conduire qu'après une longue élaboration ; mais il est impuissant de lui-même à nous diriger sans se soumettre aux doctrines vraiment générales; s'il s'exerçait indépendamment de la raison et de toute notion systématique, une agitation mystique entraînerait Vhojnme et l humanité à d'éternelles fluctuations ou à des divagations indéfinies ' .
En d'autres termes, on peut déterminer l'adhésion des cœurs et la prédominance des sentiments sociaux par des raisons abstraites et systématiques et l'on peut aussi, par l'excitation directe de la sympathie et de l'amour, amener les âmes à admettre les doctrines générales qui fondent les sentiments sociaux, mais dans aucun cas l'amour n'est illuminé comme l'a cru Littré : jamais il ne peut se substituer à l'esprit dans la connaissance du vrai.
Il n'y a pas de connaissance mystique chez Comte, et Littré s'est trompé sur ce point comme sur bien d'autres ;