‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 12 sur 171 · Œuvres complètes, I, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, I, p

2. Cf. .sur CCS détails biographiques, G. Weill, op. cil., p. 13 sqq.

3. De la lilléralure considérée dans ses rapports avec les inslitulions sociales an VIII. 2 vol.

4. Cette citation est extraite d'une note écrite par Gustave d'Eiclithal apri-s un entretien avec Rodrigues au sujet de ce projet de mariage. La note ma été communir{Ucc par M. Kugi'^ne d'Kichtlial.

Î5. Le biographe Hubiiard s'émeut beaucoup de ces larmes. D'après lui : « elles expliquent toute la vie de Saint-Simon; immolation perpétuelle de l'être afl'ectucux et sensible & l'être intelligent et pensant. » {Op, c?/., p. 37. note.)

l'SYCIIOLOGIK i)i; SAINT-Si.M(>N '23

Le voici donc à Coppet, sur les bords du lac, près de la fiancée de son rêve, à qui il expose ses projets de réorganisation sociale tout en lui faisant sa cour, — elle voici bientôt après à Genève, éconduit et peut-être déjà consolé, qui publie son premier ouvrage, les Lcffres (ïiiti habitant de Genève (1803j.

Va-t-il y fonder la physique sociale et résumer ses recherches scientifiques? — Pas encore. Ceci est une vue d'ensemble, un plan de réorganisation générale, un projet de religion. Les études plus spéciales ne viendront qu'après, bien qu'elles soient déjà préparées en partie.

L'objet principal que Saint-Simon se propose ici est le môme qu'il se proposera désormais dans tout le cours de sa vie : « fonder un nouveau pouvoir spirituel ». 11 est persuadé que l'œuvre duxvni^ siècle a été purement négative et que l'humanité ne peut vivre sur des négations ; il croit, avec tous les grands catholiques, qu'une société ne saurait subsister sans une autorité morale reconnue de tous, qui fasse l'unité des consciences, et, comme il juge l'Eglise romaine définitivement vaincue par la philosophie, il songe d'abord à la remplacer.

« Qu'on ouvre, dit-il, une souscription en Europe; que chaque souscripteur nomme trois mathématiciens, trois physiciens, trois chimistes, trois physiologistes, trois littérateurs, trois peintres, trois musiciens; que, chaque année, l'on renouvelle la souscription et l'élection avec la liberté de réélire les mêmes représentants ; vous avez ainsi un conseil européen d'hommes de génie, débarrassés de tout souci matériel, investis d'une immense considération, indépendants par rapport à tous les pouvoirs politiques et libres de se consacrer uniquement au progrès des sciences, des arts, et de la civilisation. »

Reste à convertir l'Europe à ce projet, et pour la mieux

'2i l)i:rx MESSIKS POSITIVISTES

persuader, Saint-Simon s'adresse successivement aux trois classes d'électeurs qu'il y distingue, les savants, les propriétaires et les prolétaires.

Aux savants il déclare que, « le sceptre de l'opinion publique est entré dans leurs mains » et il leur demande de le saisir vigoureusement. « Vous pouvez, leur dit-il, faire votre bonheur et celui de vos contemporains : souscrivez lous\ »

Avec les propriétaires il est plus prolixe, car il s'agit d'obtenir qu'ils se soumettent aux savants; c'est leur intérêt, dit-il, de mettre dans leur parti ceux qui dominent le peuple par la supériorité de leur intelligence.

S'ils hésitent, qu'ils se souviennent de 1789 où ils ont tant pâti de la coalition des savants et des prolétaires, et qu'ils se disent bien que cette coalition est toujours prête à se reformer contre eux. D'ailleurs le nouveau régime ne les dépouille pas de leur autorité ; en instituant pour les savants un pouvoir spirituel, simple pouvoir de raison, il laisse aux propriétaires la puissance temporelle et les garantit, « ainsi que tout le reste de l'humanité, contre l'inconvénient qu'il^y aurait à placer un pouvoir actif entre les mains des savants" ». Les savants en effet, vivant dans la spéculation pure, introduisent souvent dans leurs conceptions les plus fortes des idées qui pratiquement sont vicieuses ou dangereuses ; c'est au pouvoir temporel de voir ces difficultés d'application et d'y parer. Les propriétaires peuvent être « les régulateurs de la marche de l'esprit humain ».

Quant aux ouvriers, pour les conquérir au nouveau pouvoir, il suffit de leur montrer l'utilité pratique et sociale de la science, le rôle social de l'art, et Saint-Simon s'emploie longuement à développer ces deux thèmes. Jl accumule les exemples, passe en revue les diverses sciences pour faire voir les services qu'elles rendent et montre que le progrès social marche 'toujours de pair avec le progrès des sciences.

i. (lEavrPH complètes, I, 27.

Page 1