‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 124 sur 171 · Tcstamettl.ii'J · texte numérisé non relu

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l'SYCHOLOtiii: D AUGUSTK COMTK 219

il avait des visions et presque des extases; il s'était fait une âme de saint.

Que ce ne soit pas là un état commun, je le veux bien ; c'est pourtant l'état normal du mystique, et quand le mystique se rend compte du caractère illusoire de ses visions, quand il les gouverne et les manie à son gré, on a moins que jamais le droit de confondre le mysticisme et l'aliénation mentale.

Mais de quelque façon qu'on retourne et présente ce mysticisme, on ne peut accepter la prétention qu'a toujours eue Auguste Comte de le faire converger comme le positivisme vers la religion de l'humanité ; partout où il apparaît dans le système, il en est la négation, et comme il domine la vie personnelle du fondateur, il l'oppose de plus en plus à sa philosophie malgré les efforts étranges et louchants que fait Comte pour rester cohérent avec lui-même.

Il ne renonça jamais en effet à fondre son niy«^tici>;me et son système.

Pour leur donner une unité factice qu'ils ne comportaient plus, il tenta des efforts suprêmes : il flétrit, toutes les fois qu'il en trouva l'occasion, l'amour mystique inerte et passif, il fit l'éloge de l'amour social, il essaya de se persuader que l'amour de Clolilde et le culte qu'il lui vouait étaient un acheminement vers l'altruisme le plus pur, l'amour désintéressé des hommes; il la remercia, dans ses prières, d'avoir mis de l'unité dans sa vie en faisant converger vers un môme objet ses sentiments privés et sa philosophie ; mais sous le nom de l'humanité c'est Clolilde qu'il aima, et, s'il aima l'humanité dans ses effusions et ses prières, ce fut d'un amour inerte et mystique qui se superposait sans se confondre avec elle à la foi vaillante et féconde qui l'avait fait grand.

Il finit par vouloir imposer à l'Occident et à la Terre le culte intime qu'il rendait à Clolilde, comme si ses pratiques devaient cesser d'être mystiques et contemplatives en se généralisant. Il ordonna comme des rites systématiques ses

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prières, ses effusions, ses commémorations ; il voulut que chaque positiviste honorât l'humanité comme il honorait Glotilde ^

Quand il supposait achevée et triomphante cette religion qui fut sa vie, il mêlait toujours dans ce triomphe Glotilde, l'humanité, lui-même, et se berçait d'une vision étrange qui flattait son orgueil, sa passion, sa foi dans sa mission. « Souvent, dit Lonchampt, il transformait le Panthéon parisien en premier temple de l'humanité ; il y plaçait les statues, les portraits et les inscriptions de tous ceux dont la postérité bénira la mémoire. Sur l'autel central resplendissait l'image suprême, une femme de trente ans tenant son fils dans ses bras ; devant l'autel la chaise sacrée ; tout autour les saintes veuves. Alors les fidèles affluaient, l'orgue gémissait, succédant à un orchestre harmonieux ; puis s'élevait la voix grave de l'officiant k genoux : A?7î('n te plus quam me, psalmodiait-il trois fois, et à chaque fois le chœur, soutenu par les intruments, répondait : nec me nisi propter te. »

.\près l'office le Panthéon se vidait, mais une femme restait seule, agenouillée près d'un pilier, pour adresser au grand prêtre une invocation de reconnaissance et d'amour : « Maître adoré, je m'efforcerai d'imiter ton courage, et je réussirai en me nourrissant de tes exemples. Toi aussi tu as vu méconnaître ta générosité et tes sacrifices, mais tu n'en es pas moins resté fidèle au devoir. Auguste Comte, notre père, fondateur de notre sainte église, que ta mémoire me guide et me soutienne, et me conserve la digne fille de l'humanité, de ce jour jusqu'à l'heure de ma mort. Ainsi soit-il -. »

On retrouve presque tout entier dans ce rêve l'époux mystique do Glotilde et le fondateur de la religion positive ; mais ce qu'une vision unissait ainsi dans un temple la réalité ne pouvait pas l'unir; le mysticisme est le contraire de l'amour social ; et si ces deux sentiments peuvent coexister

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