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224 DKUX MESSIES POSITIVISTES
Je sais bien qu'on pourrait parler ici d'éducation et d'hérédité, rappeler le souvenir de sa mère et de toute sa famille de Montpellier composée de catholiques fervents ; mais pourquoi expliquer par une influence aussi peu philosophique une admiration qu'il sut légitimer par tant de claires raisons ? Comte a lui-môme défendu la liberté de son intelligence contre l'esclavage de l'éducation. « Je suis né dans le catholicisme, a-t-il écrit en 1840, mais ma philosophie est certes assez caractérisée désormais pour que personne ne puisse attribuer à un tel accident ma prédilection systématique pour le perfectionnement général que l'organisme social a reçu au moyen âge, sous l'ascendant politique de la philosophie catholique ^ »
Déjà il concevait clairement une idée qu'il devait développer plus tard, c'est que l'esprit catholique et l'esprit positif, les seuls capables à son avis d'établir une véritable organisation sociale, devaient s'alHer et s'unir contre la métaphysique facile des révolutionnaires et des protestants. La seule différence capitale qui le séparait des catholiques était plutôt théorique que pratique; elle résidait dans sa conception du pouvoir spirituel, le pouvoir de la science, qu'il voulait substituer au pouvoir théologique et papal dont il comprenait l'insuffisance et dont il prévoyait la ruine définitive.
Encore restait-il catholique môme quand il voulait élever contre le catholicisme ce pouvoir nouveau des savants ; la science telle qu'il la conçut et l'aima, ressembla trop à la théologie et, pour des raisons très analogues, se ferma de bonne heure à l'esprit de libre discussion. Sans cesse il se plaint de cette manie de vérifier les vérités acquises qui caractérise les savants de son temps; il estime qu'on fait acte d'insubordination à l'égard du pouvoir spirituel et preuve d'une indifférence coupable vis-à-vis de l'humanité,
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lorsqu'on soumet à de nouveaux contrôles les vérités garanties par leur cohérence logique ou consacrées par leurs applications pratiques. On peut voir par là, suivant les expressions de St. Mill, combien « le nouveau grand prêtre avait été prompt à adopter les sentiments et à recueillir la succession de l'ancien^ ».
Dans cet élat d'esprit il se trouvait beaucoup plus porté ù restaurer les formes et les institutions sociales du catholicisme qu'à les écarter et il ne s'en fit jamais faute.
Quand il voulut organiser le nouveau pouvoir, ce fut dans l'organisation du catholicisme qu'il en chercha très consciemment le modèle; dans sa pensée, deux mille temples positivistes devaient s'élever dans l'Occident régénéré ; à chacun de ces temples devaient être attachés des aspirants qui s'occuperaient de science pure, des vicaires chargés du professorat et de la prédication morale, et des prêtres qui auraient pour fonction de baptiser, de marier, d'enterrer les fidèles et surtout de les conseiller au nom de la science sociale.
En même temps, tout un culte précis était institué où se retrouvaient les formules, les gestes du culte catholique, depuis les prières positivistes jusqu'au signe de la croix et, pour ofi'rir un objet précis à l'adoration des fidèles, les dieux mômes du christianisme ressuscitaient sous une forme symbolique ou figurée qui devait satisfaire le cœur sans choquer la raison.
Les premiers qui réapparurent furentles anges gardiens et le souvenir de Glolilde ne fut pas étranger tout d'abord à cette résurreclion.
Comle, après la mort de son amie, put l'idéaliser d'autant plus facilement qu'il ne l'avait jamais possédée et que la fin prématurée de la jeune femme avait comme sanctifié son amour. 11 la vit meilleure qu'elle n'avait été, il la dota de