‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 142 sur 171 · Revue occidentale, \" septembrs 188i, p. 19:5 sqq · texte numérisé non relu

Revue occidentale, \" septembrs 188i, p. 19:5 sqq

UuMAs — Doux messies. 17

toujours été hanté d'un même rêve : clore la période révolutionnaire, mettre fin à la crise, en instituant le pouvoir moral de la Science à la place de l'Eglise déchue. Sans doute l'œuvre critique des philosophes avait été bonne à son heure, alors qu'il fallait détruire, mais elle risquait de devenir funeste en se perpétuant. « L'humanité, disait-il, n'est pas faite pour habiter des ruines » ; elle a besoin d'une autorité morale qui la conseille et la dirige.

Pour organiser cette autorité il avait sacrifié le meilleur de son intelligence, de son temps et toute sa fortune avec l'abnégation d'un apôtre; cet apostolat faisait l'unité profonde tle sa philosophie et de sa vie et lui permettait de tenir, avec raison, pour un accident sans conséquences un changement de position sociale ou de conviction politique.

Depuis quelques mois, sans renoncer à son grand rêve, il était entré dans une voie nouvelle; il avait compris l'importance du pouvoir temporel qui, depuis la fin de la guerre, se développait librement, le pouvoir industriel, et il essayait par tous les moyens de l'opposer à l'ancien pouvoir de la noblesse et de la féodalité. Lié avec Chaptal et Say, protégé par Laffitte etTernaux, il vivait clans la société des économistes, des industriels et des banquiers, et dans son recueil, l'Industrie^ il exposait la philosophie théorique et pratique d'une société qui aurait eu pour unique objet la production de la richesse. « Tout par l'industrie et tout pour elle », avait-il pris pour devise.

Prodigieusement intelligent, versé dans la philosophie du siècle précédent, curieux de toutes les idées neuves, plein de feu, de jeunesse morale et de bonté, il eut vite fait de fasciner le jeune Comte qui, dès le début de leur liaison. se prit pour lui d'une admiration et d'une amitié également profondes. C'est sur un ton lyrique qu'en mai 1818, Comte en parle à son ami Valut : « Tu désires, lui écrit-il ', que je te

Page 1