Lettres à Valut, ii. lUG
i. Sommaire appréciation de l'ensemble du passé moderne, l'ul. pos., 1V« vol., appendice yènérul, p. 4.
d'étranges illusions sur son originalité. Qu'on parcoure en effet les œuvres du maître publiées ou écrites avant 1817, on y trouvera 1res nettement exprimées les idées générales que le disciple vient de développer magislralement.
Dès 1803 Saint-Simon a écrit que la science devait remplacer l'Eglise et organiser un nouveau pouvoir spirituel ; et, dans ses premières œuvres, il a tenté d'organiser ce pouvoir; depuis 1813 il répète que l'industrie a remplacé la féodalité et qu'elle représente le nouveau pouvoir temporel.
Que Comte ait fait ces idées siennes par sa langue, son érudition, ses aperçus de détail, c'est certain ; mais pour admettre un seul instant qu'il en soit le créateur il faudrait n'avoir ni lu ni les Lettres d'un habitant de Genève, ni V Introduction aux travaux scientifiques du XIX^ siècle, ni le Mémoire sur la Science de l'Homme, ni Y industrie^ ni aucun ouvrage de Saint-Simon \ En réalité Comte n'avait innové en rien et s'était borné à justifier par l'iiistoire les idées les plus profondes de Saint-Simon.
Dans l'ordre économique et politique ce n'était donc qu'un élève vers 1821, élève fort intelligent sans doute, destiné à surpasser singulièrement son maître, mais enfin un élève, si l'on entend par ce mot qu'il avait tout reçu et n'avait encore rien donné.
En môme temps qu'il s'essayait à la Politique dans les revues. Comte se livrait à des études scientifiques et philosophiques pour lesquelles l'Ecole polytechnique l'avait plus spécialement préparé.
Dès 1819. au moment où il traitait dans le l^olttit/t/e du
1. Nntis ne nous arri'icidiis pas à discuter l'()l)ject.ioii tiuc le Mrnioire thr la scieuce de ifioinute, coninio d'ailleurs le Mémoire de la tjiuvitation univemelle, n'ont été publiés qu'en 18!)8. Saint-Simon en avait fait faire dos copio» et, n'en eùt-ii conservé aucune, il avait eu maintes lois l'occasion d'exposer au jeune Comte des idées qui lui étaient chères.
budget et de la liberté de la presse, il concevait le premier projet d'un grand ouvrage sur la philosophie des sciences. Jusqu'à ce jour, pensait-il, les logiciens et les psychologues avaient étudié l'esprit humain en lui-même, dans sa nature, par la méthode de l'observation interne, et, ce faisant, ils n'avaient abouti qu'à la plus vaine des métaphysiques. Pour bien connaître l'esprit on devait l'observer non pas dans son essence inaccessible mais dans ses manifestations positives, dans les sciences et leurs méthodes.
Étudier ainsi chaque science dans ses principes, ses règles, ses artifices propres, c'était faire sa philosophie ; systématiser ce qu'il y avait de commim dans les méthodes et les principes de chacune d'elles, c'était faire la philosophie des sciences et celle de l'esprit humain tout entier*.
Pour réaliser une partie de ce programme Comte s'essayait d'abord dans une philosophie des mathématiques ■ dont il nous a laissé de nombreux fragments, et il écrivait le plan général d'une philosophie des sciences positives parmi lesquelles il rangeait les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie et la ])hysiologie.
Enfin il tentait déjà de fondre ses deux ordres d'étude, la politique et la science, en soumettant à la méthode positive, c'est-à-dire à l'observation et au raisonnement, cette politique qu'il avait d'abord traitée en simple journaliste et qui devait déjà, dans son esprit, couronner la série des sciences positives\
Suivant un principe dont il ne s'est jamais écarté, il montrait déjà, avec une grande netteté, qu'une science ne peut se constituer qu'à la condition d'étudier un ordre distinct de phénomènes et que c'est par conséquent compromettre ou nier la politique positive que d'en faire un appendice de la j)hysiologie avec Cabanis ou de l'idéologie