‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 147 sur 171 · lievue Occidentale, l" mai 1882, p. 379 sqq · texte numérisé non relu

lievue Occidentale, l" mai 1882, p. 379 sqq

avec Destutl de Tracy. Pour exister logiquemenl, cette science devait appliquer les méthodes positives à des faits spéciaux bien déterminés, et nous savons qu'aux yeux de Comte ces faits étaient alors ceux de la vie économique.

Jusqu'à quel point subit-il, dans cette évolution de sa pensée scientifique, l'influence de Saint-Simon ? — Il est beaucoup plus difficile de répondre que pour son évolution politique.

iNous ne devons pas oublier en elTet que Saint-Simon, malgré ses prétentions au titre de pape scientifique, était très ignorant des sciences spéciales. 11 ne connaissait ni les mathématiques, ni l'astronomie, ni la physique, ni la chimie, et quand il a voulu fonder la physiologie, il a écrit, sur l'origine de la pensée et de la vie, beaucoup de pauvretés. Dans ces conditions, nous pouvons être certains qu'il n'a inspiré à son disciple ni sa philosophie des mathématiques, ni les idées de détail de sa philosophie des sciences; bien mieux, il a dû, sur bien des points spéciaux, s'instruire près de lui^ comme il avait fait quelque temps auparavant près d'un autre secrétaire, le jeune Augustin Thierry.

Mais quelle que soit dans Tordre purement scientifique la faiblesse de Saint-Simon et la supériorité de Comte, il n'en reste pas moins vrai que Saint-Simon avait eu, dès 1808, cette idée d'une synthèse des sciences humaines (ju'Auguste Comte reprenait aujourd'hui. — Pour ce fondateur d'une religion scientifique, édifier une encyclopédie des connaissances humaines qui, servit de nouvel évangile était une œuvre indispensable et il y avait consacré la première partie de sa vie. Il avait, sur ce chapitre, écrit peu de choses précises, mais il avait vu du premier coup (jue, pour

1. C'est en ce sens (juc M""' Comte a pu dire à Littrc que, dans les dis- (usiiiong, Comte paraissait lo maître do Saint-Simon. (Littré, op. cit., p. li.) — D'ailleurs Caroline Massin ne connut Comte qu'en mai 1821 et no se lia avec lui qu'on juillet 18ii, c'ost-à-dirc lorsque les relations do Saint-Simon et dn Comte duraient depuis cinq ans di^jà.

clore définitivement la période métaphysico-théologique de l'humanité, il importait d'organiser la science et d'en codifier les résultats. N'est-il pas légitime de penser que. sans inspirer à Comte telle ou telle conception particulière, il lui avait au moins, par ses causeries autant que par ses écrits, indiqué un programme d'ensemble? — Auguste Comte luimême ne témoigne-t-il pas en faveur d'une influence de ce genre lorsqu'il écrit à Valat à propos de sa collaboration : « Cette besogne m'a formé le jugement sur les sciences politiques et, par contre-coup, elle a agrandi mes idées sur' toutes les autres sciences, de sorte que je me trouve avoir acquis plus de philosophie dans la tête, un coup d'œil plus juste et plus élevé'. »

D'ailleurs, si Saint-Simon ignore les mathématiques, l'astronomie, la physique et la chimie, sciences de l'univers, il connaît assez bien les sciences de l'homme cl, dans cet ordre d'idées, il exerce sur les premiers essais scientifiques de son élève une influence qu'on ne saurait exagérer. Bien avant Comte il a voulu fonder la science .sociale ; dans la physiologie ou science de l'homme il a distingué, dès 1813, une science de l'individu qui n'est autre que la biologie, et une science de l'espèce qu'il appelle physiologie sociale ou science politique. — A cette science il assigne un objet précis, l'étude des hommes réunis en société, et une méthode positive, l'observation historique. Comte, en essayant de fonder une politique positive, ne fait donc que reprendre encore une des idées les plus originales de Saint-Simon; à la vérité il ne voit pas encore cette science dans toute son ampleur; sous l'influence de Saint-Simon lui-môme et de ses théories économiques, il tend, pour le moment, à la confondre avec l'économie politique, mais il reviendra plus tard à une conception plus large et non moins saint-simonienne de la science des sociétés.

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