‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 148 sur 171 · Lettres à Valut, p. 'M · texte numérisé non relu

Lettres à Valut, p. 'M

La môme influence se constate dans la philosophie humanitaire qui inspire déjà les travaux scientifiques de Comte, même les plus spéculatifs. Saint-Simon est imbu de la philanthropie sentimentale du xviii'' siècle; toute sa vie il a voulu faire le bonheur des hommes. Comte a celte ambition alors même qu'il disserte sur les vérités les plus abstraites. Sans doute il éprouve du plaisir à exercer sa pensée, mais il veut que ses recherches soient utiles à ceux qu'il appelle « ses pauvres semblables ». « Je ferais très 'peu de cas, écrit-il à Valat, des travaux scientifiques si je ne pensais perpétuellement à leur utilité pour l'espèce; j'aimerais autant alors m'exercera déchiffrer des logogriphes compliqués. J'ai une souveraine aversion pour les travaux scientifiques dont je n'aperçois pas clairement l'utilité, soit directe, soit éloignée'. »

Ainsi, dans l'ordre économique et politique, Comte n'est guère, vers 1820, que le disciple de Saint-Simon dont il reflète la pensée sans la transformer; dans l'ordre scientifique il échappe certainement à son influence lorsqu'il se livre à des recherches spéciales, mais il la subit pleinement dans ses idées générales et dans l'objet qu'il se propose. C'est un Saint-Simon qui aurait passé par l'école Polytechnique.

Jusqu'ici nous avons distingué nettement les travaux politiques de Comte de ses travaux scientifiques, et lui-même nous autorisait à faire cette distinction : « Mes travaux, disait-il à Valat, sont et seront de deux ordres, politiques et scientifiques*. » Quelques pages plus loin, il les distingue encore : « Tu sens qu'avec ces travaux (scientifiques) et ceux politiques, ma tête doit être occupée; et, en effet, je te réponds que je ne m'ennuie pas''. »

Page 1