Lettres ù Vnlal, y. V
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A la vérité, nous pouvons prévoir par quel côté ces deux genres d'étude arriveront à se joindre. Ne l'avons-nous pas vu, dans ses opuscules de 181'.), tenter d'imposer à la politique la méthode scientifique et de créer la science sociale"? mais il y a là simple tentative et non exécution véritable. Pour voir s'opérer la synthèse des recherches politiques et des études scientifiques, nous avons dû attendre en \H22 et nous y sommes.
Saint-Simon, qui continue la publication du St/stème industriel, s'est aperçu que la science et l'industrie ne suffisaient pas à diriger et à gouverner le monde nouveau et qu'il devait faire appel à la force-sentiment, l'amour. Il s'efforce donc d'établir qu'organiser la société pour ceux qui travaillent c'est obéir à la loi d'amour, et il laisse Auguste Comte exposer les généralités scientifiques du système.
Comte fait cet exposé dans un opuscule qu'il signe celte fois de son nom et qu'il intitule : Prospectus des travaux nécessaires pour réorganiser la société \ En tète vient une préface de Saint-Simon adressée aux industriels et le tout est publié sous ce titre imprévu : Du contrat social, par Henri de Saint-Simon.
Comme Saint-Simon, Comte se propose ici de guérir la société de l'anarchie morale où elle se débat. A l'heure actuelle elle est tiraillée sans cesse entre le parti des rois et le parti des peuples et ces tiraillements se traduisent par d'incessantes révolutions.
Les rois représentent un système de gouvernement qui a rendu d'immenses services, le système théologico-féodal, mais qui a été d'abord miné, puis définitivement ruiné par lès progrès de la science et de l'industrie.
1. C'est ce. l'ioxijeciufi tjui i>urul en 1824 sous le titre de Système de Poliligue positive dans le W" cahier du Catéchisme des Industriels ^Œuvres de Saint-Simon, IX) et que Comte publia de nouveau en 1854, sous le titre de l'ian des travaux scienlifii/ues nécessaires pour réorganiser la Société (Pol. l'os., appendice fjénérul, p. 47).
il-I DEUX MESSIES POSITIVISTES
Les peuples qui, par rintermédiaire des savants et des philosophes, ont détruit l'ancien système ne représentent, à vrai dire, aucune espèce de gouverneraenl; habitués depuis longtemps à détruire, ils s'obstinent à ériger en principes de conduite des principes purement négatifs et qui n'étaient bons que pour démolir, tels le principe de l'égalité ou de la liberté de conscience. La société paraît donc avoir le choix entre une réaction impossible et un désordre éternel. Comment la tirer de cette alternative? — En la réorganisant.
« La destination de la société, parvenue à sa maturité, écrit Comte, n'est point d'habiter à tout jamais la vieille et chétive masure qu'elle bâtit dans son enfance, comme le pensent les rois, ni de vivre éternellement sans abri après l'avoir quittée, comme le pensent les peuples; mais à l'aide de l'expérience qu'elle a acquise, de se construire, avec tous les matériaux qu'elle a amassés, l'édifice le mieux approprié à ses besoins et à ses jouissances \ »
Comment réorganiser? 11 faudra d'abord se garder de courir au plus pressé par des réformes politiques aussi inutiles que hâtives. Peuples et rois sont dupes sur ce point de la même illusion; ils regardent « comme purement pratique une entreprise essentiellement théorique'- ». Ils ne voient pas qu'avant de tenter la moindre réforme temporelle, on doit d'abord reconstituer l'ordre spirituel en établissant un certain nombre de vérités sociales que nul ne discutera plus et qui seront les principes spirituels de la société régénérée.
Et qui chargcra-t-on d'établir ces principes? — les savants. Non pas les spécialistes « trop absorbés par leurs ocupations particulières et même trop affectés encore de certaines habitudes intellectuelles vicieuses qui résultent aujourd'hui do celle spécialité'' ». mais les esprits sciontifKjues qui