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2. (JCuvres lie Sainl-Siuioii, IX, p. 43. .'{. (lEuvreade SitintSvnou, I.X, 03.
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joignent à une culture générale le sens de la méthode positive. Leur fonction consistera à établir, par l'observation et le raisonnement, les principes théoriques du nouveau régime, ou, si l'on préfère, « à élever la politique au rang des sciences positives ». Créer la science politique, voilà donc le moyen de terminer la crise européenne et nous savons que, depuis 1819, Auguste Comte s'y essaie.
Cette création est-elle possible ? — Pour répondre à cette question considérons que les sciences aujourd'hui constituées, depuis l'astronomie jusqu'à la biologie, ne sont arrivées à la forme positive qu'après avoir traversé une période Ihéologique et une période métaphysique. Chacune d'elles, avant d'expliquer un fait par un fait antérieur, a fait successivement appel à des volontés diverses et à de vagues puissances, comme le phlogistique et les différents fluides. Eh bien! la science sociale vient justement de traverser les deux premières phases. La doctrine des rois, avec le principe du droit divin, correspondait à l'état théologique, la doctrine des peuples, avec le principe de l'égalité des raisons humaines, a correspondu à l'état métaphysique. L'heure est venue d'inaugurer la politique positive, celle qui observe les conditions stables ou changeantes de la vie sociale et eh formule les lois.
Pour que cette science se constituât, il fallait que les sciences plus simples dont elle dépend, l'astronomie, la physique, la biologie, fussent devenues positives, et que le système théologique fût à jamais ruiné ; or ces deux conditions sont remplies depuis la fin du siècle précédent et rien ne s'oppose plus à la révolution morale que les savants européens sont chargés d'opérer.
S'ils veulent y réussir, ils devront se débarrasser d'abord d'un préjugé très répandu en politique et qui n'est qu'un héritage de la théologie et de la métaphysique, c'est qu'on peut découvrir un type éternel et parfait de la vie sociale, abstraction faite des temps et des lieux.
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En réalité, la vie sociale dépend toujours de l'état de la civilisation, c'est-à-dire des sciences, des beaux-arts et de l'industrie ; elle en est Texpression actuelle, et se modifie dans la même mesure que ces forces sociales.
Le moyen âge a été dirigé par des théologiens, le xvni" siècle par des métaphysiciens, le xix" le sera par des savants, et tout cela est dans Tordre,
En même temps, les savants doivent se persuader que la civilisation se développe suivant une loi nécessaire ; le hasard est un mot vide de sens, et l'homme de génie peut bien accélérer ou ralentir la vitesse du progrès humain, il ne peut en modifier la direction. Par exemple, les trois étapes de la connaissance scientifique sont fatales pour chaque science ; l'ordre en est déterminé par la nature de l'esprit humain et nul homme de génie n'a jamais pu en supprimer une ou la franchir.
11 résulte de cette nécessité que la politique ou science de l'organisation peut, sans inconvénient, se confondre avec la science sociale proprement dite, car organiser ce n'est pas transformer ou réformer la société, mais plus simplement se conformer aux lois profondes de son développement. U en résulte aussi que l'histoire, et en particulier l'Iiistoire de la civilisation, sera la méthode essentielle de la science sociale ; elle seule peut nous permettre de comprendre l'avenir par le passé et d'y adapter le présent.
Fidèle à ces principes, Comte, en préconisant le système scientifique et industriel, ne soutient pas qu'il est le meilleur, mais qu'il est nécessaire ; il n'a pas la prétention, en le proposant, de violenter l'ordre politique au nom d'idées préconçues, mais seulement de hâter un progrès fatal ; c'est par l'histoire qu'il a tenté de connaître la marche de la civilisation et son seul dessein est d'y conformer l'ordre social.
Saint-Simon, dans la préface, présentait au public l'ouvrage « de son collaborateur et ami » comme une étude q u n'avait d'autre objet que d'exposer stut /iro/nw sf/sihnc sous
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sa forme scientifique, et de servir d'introduction à ses propres œuvres. « Voici son ouvrage, disait-il, qui correspond au discours préliminaire de V Encyclopédie par d'Alembert. »
De son côté, Auguste Comte avait accepté ce patronage et n'avait même pas exigé que son nom figurât sur la couverture à côté de celui du maître.
Rien ne faisait donc présager la rupture qui se préparait entre les deux philosophes, et qui devait être définitive deux ans plus tard.
Auguste Comte en a laissé un récit assez détaillé dans deux lettres écrites l'une à Valait l'autre à d'Eichthal - en mai 1824.
Jusque-là, nous le savons, il n'avait pas signé ses articles, mais en écrivant son étude capitale sur la réorganisation de la société, il sentit, dit-il, que le moment était venu de secouer toute tutelle et d'apprendre son nom à ses lecteurs. Il signifie donc sa décision à Saint-Simon qui ne s'y soumet qu'à regret et finit par suspendre le tirage après quelques épreuves. Dès lors Saint-Simon emploie tous les moyens pour ajourner la publication, le leurre deux ans par des prétextes vains et ne se décide à publier le fameux Prospectus qu'en avril 1824 dans le troisième cahier du Catéchisme (les Industriels, recueil nouveau oia il réexpose une fois de plus son système.
Encore trouve-t-il le moyen de jouer une seconde fois .\ugusle Comte et, au lieu de l'éditer à part, comme il l'avait promis, lui donne-t-il place dans son Catéchisme, où il le présente « comme un homme ayant mission de lui rédiger un de ses cahiers' ». Voilà pourquoi, un mois après celte seconde édition, en mai 1824, Auguste Comte dit qu'il considère la rupture comme décisive, et elle le fut en elVet.