‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 151 sur 171 · Liltré, op. vil., p. iO · texte numérisé non relu

Liltré, op. vil., p. iO

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Aussitôt il change de ton : celui qui était quelques années plus tôt un modèle de vertu, un homme estimé de tous, devient un exploiteur sans scrupules, un extravagant, un intrigant qui n'a pas d'autre but « que de faire sensation dans le monde » ', etc., etc.

Nous pouvons difficilement faire la part du vrai dans ces affirmations de Comte et dans des faits racontés avec autant de passion. Il existe cependant un curieux document retrouvé dans les papiers de Comte-, qui permet d'en contrôler au moins une partie. C'est un contrat signé du maître et de l'élève par lequel Saint-Simon achète de 1822 à 1825 la propriété exclusive du Prospectifs de Comte et l'autorisation de le publier. Aucun article ne l'obligeant à l'éditer à part, il a pu, sans perfidie, le faire figurer dans un de ses recueils, comme il avait fait pour les productions antérieures de Comte qui paraît mal venu sur ce point de crier à la trahison.

De plus, Saint-Simon, fort de son traité, avait pris soin, en décembre 1823, dans le second cahier de son Catéchisme, d'annoncer le Prospectus en des termes où il affirmait bien nettement son patronage et ses intentions. « Nous joindrons, disait-il, au troisième cahier du Catéchisme^ un volume sur le système scientifique et le système d'éducation. Ce travail, dont lions avons Jeté les bases et dont nous avons con/ié F exécution à notre élève Auf/uste Comte y exposera le système industriel a priori \ » Si Auguste Comte ne voulait ni passer pour un élève chargé de rédiger un cahier, ni être imprimé dans le Catéchisme, c'est alors qu'ildevait protester et non pas six mois plus tard.

Gageons que si Saint-Simon avait laissé, lui aussi, une version de la rupture, Auguste Comte n'apparaîtrait peutêtre pas comme une victime,

i. Voir, pour plus de dolails sur cette rupture, l'élude trAs documentée de (l. Weill, Saint-Simon et son œuvre, que j'ai plusieurs fois citée. i. La loi dt's trois États, par Séincrie, p. lil. :J. ilEuvri-s ,te Saint-Simon, VIII. iU-SO.

Quoi qu'il en soit de celte querelle et des détails que nous ignorons, on a pu voir qu'Auguste Comte tenait son œuvre pour originale ; du moins il la déclare telle à Valat et à d'Eichthal, et c'est en définitive pour affirmer son originalité qu'il a rompu avec Saint-Simon. A-t-il raison et dans quelle mesure, sur ce point autrement important que ses froissements de vanité ?

Ses affirmations sont très nettes.

Eu 1824 il écrit à Valat « que son ouvrage est entièrement pur de l'influence exercée sur lui par Saint-Simon ' » ; à d'Eichthal il déclare que depuis quatre ou cinq ans, c'està-dire depuis 1819 ou 1820, il n'a <( plus rien à apprendre de M. Saint-Simon' ». En 18oi, lorsqu'il réimprime le Prospectus avec ses opuscules, il fait, dans la Préface, la déclaration suivante '* : « Ma direction à la fois philosophique et sociale fut irrévocablement déterminée en mai 1822 par le troisième opuscule où surgit ma découverte fondamentale des lois sociologiques. Son propre titre *, qui doit seul figurer ici, suffirait pour indiquer une intime combinaison entre les deux points de vue scientifiques qui m'avaient jusqu'alors préoccupé parallèlement ou séparément. »

11 ne paraît donc pas douter de ses droits et pas plus que précédemment nous ne douterons nous-même de sa sincérité ; mais ici, pour contrôler ses dires, nous avons l'œuvre entière de Saint-Simon et, pas plus que pour les ouvrages antérieurs de Comte, ce contrôle n'est favorable à son originalité.

Bien avant lui, en 1813, dans son Mémoire sur la Science de l Homme, Saint-Simon avait parlé de la crise où la disparition du système théologico-féodal jetait les sociétés européennes et de la nécessité d'y remédier par une refonte des

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