‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 152 sur 171 · Syst. de Pol. pas., append. p · texte numérisé non relu

Syst. de Pol. pas., append. p

4. IHan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société.

idées générales. Comme lui, c'est par la science des sociétés, par la physiologie sociale, qu'il voulait établir ce corps de vérités qu'il jugeait indispensables à la vie du monde moderne ; il comptait sur cette science pour régénérer la morale, la philosophie, la politique, la religion, le clergé ; il attendait d'elle tout ce que son disciple devait en attendre plus tard. Comme lui, il parlait alors de la fameuse loi du progrès scientifique qui a fait passer les sciences de la forme conjecturale et religieuse à la forme positive et qui imposait à la physiologie sociale les mêmes étapes et la même évolution. Comme lui enfin il s'adressait à l'histoire pour connaître la direction du progrès humain et y conformer sa théorie ; il ne cherchait pas à établir l'ordre politique le meilleur mais à hâter l'ordre nécessaire, il croyait que la politique pratique se confondait presque avec la physiologie sociale.

Qu'il y ait chez Auguste Comte plus de précision, plus de vigueur et plus de connaissances, on ne peut le contester, mais tout cela n'est pas cette originalité véritable à laquelle il prétend dans ses lettres comme dans la préface de 1854. et qu'une fois de plus nous lui refusons.

Il n'est pas jusqu'à cette fameuse synthèse de ses travaux scientifiques et de ses travaux politiques dont il puisse revendiquer l'initiative. Toute l'œuvre antérieure de Saint-Simon n'ayant pas d'autre objet que d'appliquer la méthode scientifique aux choses de la vie sociale et d'organiser une politique scientifique, Comte ne pouvait pas rester son disciple sans en arriver là, et de fait il travaillait depuis 181!) à fonder une politique scientifique.

D'ailleurs nous avons sur cette filiation d'idées un témoignage qui en vaut un autre, celui d'Auguste Comte luimôme qui, dans cette môme édition de 1824 dont il s'est tellement plaint, s'intitule modestement élève de Saint- Simon, et fait précéder le Prosjtt'cfus d'un nvertissemcnl où il écrit : « Ayant médité depuis longtemps les idées mères

de M. de Sainl-Simon, je me suis exclusivement attaché à systématiser, à développer et à perfectionner la partie des aperçus de ce philosophe qui se rapporte à la direction scientifique. Ce travail a eu pour résultat la formation du système de politique positive que je commence aujourd'hui à soumettre au jugement des penseurs.

« J'ai cru devoir rendre publique la déclaration précédente, afin que si mes travaux paraissent mériter quelque approbation, elle remonte au fondateur de l'école positive dont je m'honore de faire partie'. »

Voilà qui s'appelle parler ! mais alors il ne faut pas, un mois plus tard, écrire à Valat et à d'Eichthal qu'on ne doit rien à Saint-Simon; il ne faut pas surtout crier à la perfidie el à la trahison parce que l'homme dont on se proclame l'élève vous traite en disciple.

A la vérité Comte, gêné par cette déclaration, s'est empressé d'en diminuer la portée près de ses deux amis : c'est un acte de complaisance, écrit-il à Valat; il répète la môme chose à d'Eichthal et il ajoute même qu'il espérait, par cet avertissement, modifier les dispositions de Saint-Simon à son égard". Ainsi, après avoir été dupé, Comte aurait songé à reconquérir par cet hommage les bonnes grâces d'un homme qu'il n'estimait plus! Nous ne nous arrêterons pas à celle explication, et nous nous en tiendrons à la déclaration officielle de Comte, confirmée d'ailleurs par ce que nous savons de Saint-Simon et de son œuvre.

Est-ce à dire que, toute question d'amour-propre mise à part, la conformité de vues fut parfaite en 1824 entre le maître et l'élève? — Nullement, et ce serait faire tort à Comte que de le présenter comme ayant subi passivement jusque-là l'influence de Saint-Simon.

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