Œuvres choisies, I
l'Eglise « comme ayant été infaillibles pour l'époque où ils ont vécu ^ », et que lui-même se pose en nouveau prophète, en continuateur de Jésus.
Enfin est-il besoin d'ajouter, après tout ce qui précède, quil transporte dans la religion positive toute la philosophie morale et sociale du catholicisme.
Le pouvoir spirituel qu'il rêve d'établir est un pouvoir moral distinct du pouvoir temporel; les représentants attitrés de ce pouvoir ont pour principale lâche de faire l'éducation des générations nouvelles conformément aux principes du Catéchisme scienti/iqtie, et de faire régner parmi elles l'unité. Ils doivent par leur enseignement les prémunir contre tout retour de l'anarchie morale et refaire, pour le plus grand bonheur de tous, un esprit public homogène. — C'est la même conception politique que chez Comte, avec la môme origine, et l'on pourrait monter sans peine que chez les deux philosophes elle a entraîné le même dédain des droits individuels.
Mais il ne suffit pas pour Saint-Simon de réorganiser le pouvoir spirituel; il a fait dire à Burdin en 1813 : « Les moments les plus heureux pour l'espèce humaine ont été ceux où les pouvoirs spirituel et temporel se sont le mieux équilibrés ^ ».
Or le pouvoir féodal est ruiné comme l'Eglise catholique : à quel pouvoir nouveau va-t-il céder la place? A l'Industrie, répond Saint-Simon en 1817, quelques mois avant de connaître Auguste Comte. A l'Ecole des économistes, comme (jhaplal et Say, dont il est le disciple et l'ami, il a compris l'importance de la force sociale qu'ils défendent; il a reconnu dans l'industrie la véritable puissance matérielle de l'avenir. « La société tout entière, écrit-il, repose sur l'industrie. L'industrie est la seule garantie de son existence, la source unique de toutes les richesses et de toutes les prospérités.