‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 166 sur 171 · I. Œuvres de Salnl-Simon, II, p · texte numérisé non relu

I. Œuvres de Salnl-Simon, II, p

Dumas. — Deux iiiessiei?. 2ii

ni les métaphysiciens ne remplissent une fonction sociale; tous sont les ennemis du peuple, puisqu'ils vivent à ses dépens sans le servir; tous ont une conduite contraire à l'objet suprême de toute société : « le bien du plus grand nombre ».

En face d'eux, ontgrandi peu à peu deux puissances sociales, celle des savants et des industriels; les premiers ont acquis des connaissances plus positives que le clergé et une capacité plus grande pour servir les intérêts humains par leurs inventions ; les seconds représentent la nation en travail et les intérêts matériels de l'humanité. Aux savants revient la direction morale des sociétés et l'éducation des peuples ; aux industriels le pouvoir temporel et l'administration des biens matériels. Il dépend de la royauté de mettre par un coup d'État chaque chose en sa place. « Le plus grand service, écrit Saint-Simon, qu'elle puisse rendre à la nation dans les circonstances actuelles, est celui de se constituer elle-même en dictature chargée d'anéantir le régime féodal et théologique et d'établir le régime scientifique et industriel. »

Sur l'organisation du pouvoir temporel Saint-Simon est beaucoup plus prolixe que Comte, et, de 1817 à sa mort, il ne cesse de publier des projets, d'ailleurs très analogues, de gouvernement industriel, qu'il est inutile d'analyser ici. L'essentiel était de montrer que dans l'ordre pratique et temporel, comme dans l'ordre spirituel, il a été le véritable initiateur de Comte.

Nous avons vu le positivisme de Comte s'ouvrir sur le tard à la morale de l'amour; il en a été de môme du positivisme de Saint-Simon, et cette conformité dans le développement des deux systèmes n'est pas la moins curieuse des analogies que nous avons signalées. 11 convient d'ajouter, cependant que si Auguste Comte dut pour une large part l'orientation nouvelle de sa pensée à l'influence de Clotilde,

i. (Jliuvfca chuisies, III, 5)7.

Saint-Simon semble devoir la sienne à des raisons d'ordre philosophique qui depuis longtemps la faisaient prévoir. ^ Tant qu'il croit pouvoir synthétiser les connaissances humaines par la loi de Newton, il rêve d'une morale objective et cosmique fondée sur la gravitation, et ce rêve le hante jusqu'en 1814. En même temps, et en dehors de toute philosophie universelle, il conçoit de bonne heure une morale dont le principe serait le dévouement à l'humanité.

C'est ainsi que dan^ les Lettres d'un habitant de Genèce^ après avoir confié la direction de l'humanité aux savants, il ajoute que « l'obligation sera imposée à chacun de donner constamment à ses forces personnelles une direction utile ù l'humanité' ». Dans V Introduction aux travaux scientifiques du XIX" siècle, il revient de nouveau sur ce principe et reconnaît à toutes les formes de l'activité humaine la môme valeur morale « pourvu que le résultat de cette activité soit heureux pour l'humanité ».

Mais ce dévouement, il faut le provoquer par des motifs d'ordre rationnel et positif, et Saint-Simon préconise, dans le Sijstènœ industriel, une morale utilitaire très analogue dans ses grandes lignes à celle de Bentham. Le principe en est « que tout ce qui est utile à l'espèce est utile aux individus, réciproquement que tout ce qui est utile à l'individu est utile à l'espèce ^ ».

Qu'on fonde, dans la société industrielle, des chaires de morale et de science positives, destinées à propager celte nouvelle philosophie de la vie sociale. On y développera, dit Saint-Simon, cette maxime aussi certaine qu'un principe de mécanique : « L'homme ne peut être vraiment heureux qu'en cherchant son bonheur dans le bonheur d'autrui^ »

Enfin cet utilitarisme s'associe, comme l'altruisme rationnel de Comte, à une véritable morale du sentiment. Ni

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