‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 168 sur 171 · Œuvres choisies, III · texte numérisé non relu

Œuvres choisies, III

lion du suicide, c'est qu'il était soutenu « par le sentiment croissant de sa mission sociale * ».

A cette idée d'une mission maître et disciple sacriQeront tout, la paix de leur existence privée, leur temps, leur intelligence, toute leur énergie physique et morale.

Sans doute Saint-Simon donne une impression générale d'incohérence ; il traverse beaucoup d'opinions politiques ; il est successivement républicain, bonapartiste et royaliste; il fait tous les métiers, depuis celui de marchand de vin jusqu'à celui de pape scientifique, mais il est bien facile de voir que sous tous ses avatars politiques et dans toutes les conditions sociales il reste féru de la même idée et enivré du même rêve.

C'est pour s'aider, dans sa mission, de la puissance de l'argent qu'il spécule et s'enrichit sous la Révolution ; que plus tard il souffre de la misère et de la faim, qu'il vend jusqu'à ses habits pour se faire imprimer, qu'il accepte toutes les amertumes et subit toutes les infortunes ; c'est parce qu^il désespère un moment de remplir cette mission qu'il veut se tuer.

Auguste Comte a moins de heurts dans sa vie théorique, moins d'aventures dans sa vie pratique, mais dans les différentes traverses de sa vie, il montre le môme entêtement et la même ténacité pour son idée fixe. Atteint de folie en 182G à la suite d'excès de travail et de malheurs conjugaux, menacé pendant vingt ans d'une rechute, il n'hésite jamais cependant à risquer son génie dans le travail de la pensée pour accomplir sa mission. — Asorbé par les soucis de la vie matérielle, obligé de songer sans cesse au lendemain il n'en consacre pas moins à son œuvre le meilleur de son intelligence et de sa volonté. Rien n'existe pour lui en dehors de la conquête morale et de la réorganisation du monde.

Chez les deux messies la foi messianiqiic se traduit dans

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