‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 18 sur 171 · Œuvres choisies, I · texte numérisé non relu

Œuvres choisies, I

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soit destiné encore une fois « parle Grand Ordre des choses » à opérer une révolution scientifique et philosophique, en faisant une encyclopédie et en organisant la science.

Pour exécuter ce travail, Saint-Simon veut d'abord examiner la marche de l'esprit humain pendant les deux derniers siècles, et, dans cet examen, il fait preuve d'une véritable pénétration philosophique.

Pour atteindre la vérité, pense-t-il, l'esprit humain est armé de deux méthodes, l'analyse et la synthèse ; l'une est a posteriori, l'autre est a priori, et c'est par leur emploi successif que s'opère le progrès philosophique.

Au XVI i" siècle, Descartes a osé entreprendre, par la méthode a priori, une explication mécaniste de l'Univers; il s'est placé au point de vue synthétique pour organiser la science des corps bruts et la science des corps organisés ; mais il a échoué dans son admirable tentative parce que les connaissances scientifiques de son temps n'étaient pas assez étendues.

Au xvnf siècle, Newton et Locke ont continué Descartes en se partageant son empire. Newton a fait l'étude des corps bruts, Locke celle des corps organisés, mais, pour connaître la nature, ils ont dû renoncer ù la méthode a priori et suivre la route plus longue et plus modeste de l'expérience.

En même temps l'un et l'autre se sont bornés à rechercher les lois générales des faits qu'ils observaient, sans tenter de hautes généralisations ni de synthèses unitaires du monde.

Ce changement de méthode a provoqué, au début du xyiif siècle, entre les disciples de Descaries et les disciples de Locke et de Newton, une discussion très vive que Saint- Simon tient avec raison pour oiseuse. — En se demandant quelle était la meilleure méthode, les uns et les autres j)0saient mal le problème et ne voyaient pas que la synthèse et l'analyse étaient deux procédés également légitimes et

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nécessairement successifs dans la recherche de la vérité.

Quoi qu'il ensuit, les cartésiens ont été battus, les newtolockistes ont triomphé parce que leur triomphe était logiquement nécessaire, et c'est ainsi que nous avons eu tout un siècle d'expérience et d'analyse après le siècle des déductions et des synthèses.

Dans la physique des corps bruts, Lagrange par la Théovie des Fonc/ ions et Laplace par sa Mecanifjue Céleste ont continué l'œuvre de Newton. Dans la science des corps organisés, Condillac par le Traité des Sensations et Gondorcet par son Esquisse des proi/rès de Tesjtrit liumain ont continué l'œuvre de Locke.

Toutefois les travaux d'ordre théorique ne sont pas les seuls dont l'Ecole s'occupe ; les savants, comme les autres hommes, subissent cette loi de nature qui pousse tout être humain, toute association, à accroître son pouvoir. — « Le militaire avec le sabre, dit Saint-Simon, le diplomate avec ses ruses, le géomètre avec le compas, le chimiste avec les cornues, le physiologiste avec le scapel, le héros par ses actions, le philosophe par ses combinaisons, tous s'efforcent de parvenir au commandement ; ils escaladent, par différents côtés, le plateau au sommet duquel se trouve l'être fantastique qui commande à toute la nature, et que chaque homme fortement organisé tend à remplacer '. »

En vertu de cette loi éternelle, les savants ont, de bonne heure, attaqué la puissance rivale des théologiens. Dès la fin du \sf siècle, Bacon a provoqué une insurrection des lettrés laïcs contre le clergé de son temps ; quelques années plus tard, Descartes a « organisé l'insurrection scientifique » contre le principe d'autorité, et, depuis lors, on a toujours vu croître le crédit des savants et décroître celui des théologiens.

Aujourd'hui la victoire des savants est complète; l'armée

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