‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 27 sur 171 · Œuvres complètes, ï, l · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, ï, l

S. Biographie de Fournel. Collection Enfantin, 1, p. 37.

l'Homme, divisée en cinq parties, devait traiter successivement : 1" De l'Univers; 2° Du système solaire; 3" De la Terre; 4° Des Animaux; 5° De l'Homme.

Les deux premières parties seulement sont traitées, et, comme elles reproduisent une fois de plus des théories dix fois exposées, les saint-simoniens ont négligé de les faire figurer dans la collection Enfantin.

Mais l'intérêt de l'ouvrage est ailleurs, dans les renseignements qu'il nous donne sur la psychologie de l'auteur.

Saint-Simon nous avertit tout d'abord qu'on doit attendre de lui non du style mais des pensées fortes et vigoureusement enchaînées. — On ne peut soigner le style qu'aux dépens de l'idée et l'idée qu'aux dépens du style. Lui soigne l'idée comme Corneille, tandis que Racine soignait le style. Et voilà l'occasion d'une comparaison entre les deux tragiques.

Corneille, pense Saint-Simon, est le précepteur des peuples, des rois, des hommes de génie ; Racine écrit pour les courtisans, les dévotes et les sultanes.

Quand le spectateur sort des représentations de Corneille, il a le regard fier et la tête haute ; quand il sort des représentations de Racine, ses yeux expriment la sensibilité, la finesse et môme la ruse.

Aussi Saint-Simon estime-t-il que, suivant les tempéraments et les positions sociales, il convient de suivre les représentations de l'un ou l'autre ; aux faibles, aux doux, aux humbles convient Racine, aux forts, aux inventeurs, aux génies convient Corneille.

« Par exemple, conclut-il, je me suis convaincu qu'il fallait envoyer ma femme et mes subordonnés aux représentations de Racine; et que je devais aller seul aux représentations de Corneille'. »

Et plus loin il ajoute : « Le but de mes travaux, l'objet

1. Histoire de l'Homme, premier brouillon, p. 7. Bibliothèque Nationale, Inv. Res., R. 'JG7.

de mes espérances, c'est d'obtenir les faveurs de la gloire vivante et parlante... je suis de la religion dont Corneille a été le grand prophète. »

Avec de pareilles ambitions, Saint-Simon devait fatalement arriver à se croire victime de préventions ou d'hostilités personnelles à mesure qu'il constatait l'indifférence du monde savant pour ses doctrines.

C'est ce qui se produisit en effet; mais il jugeait les choses et les hommes de trop haut pour s'en tenir à des récriminations vulgaires, et, quand il crut connaître son ennemi, c'est par le mépris scientifique qu'il le traita.

Déjà, lorsqu'il écrivait son apologie, il avait le sentiment que les esprits étaient prévenus contre lui. « Il existe dans la société, dit-il, il doit exister chez le lecteur une sorte de prévention contre moi, car l'entreprise à laquelle je me livre est la quatrième que j'ai faite, et les trois premières ne sont pas arrivées à bon port*. »

Quelques mois plus tard, dans sa lettre à Victor, il est plus précis, bien qu'il ne nomme personne encore. « Les esprits superficiels et superstitieux, dit-il, ces hommes dont les mesquines idées religieuses sont en opposition avec leurs petites conceptions philosophiques, feront d'inutiles efforts pour arrêter mon élan. » Et contre ces ennemis qui, pensel-il, le représentent comme un athée dangereux, il invoque la protection de Napoléon, en protestant de son déisme. « C'est au tribunal de l'Empereur même que je les appellerai, c'est au pied du trône qu'on m'entendra faire profession de foi. Je crois en Dieu, je crois que Dieu a créé l'Univers; je crois que Dieu a soumis l'Univers à la loi de la gravitation". »

A qui en a-t-il? S'il s'en était tenu à ces allusions et à ces protestations nous serions réduits à des conjectures''; mais

i. Notice historique de Fourncl, collection Enfantin, I, p. 41.

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