‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 28 sur 171 · MCuvres complètes, I, lOi · texte numérisé non relu

MCuvres complètes, I, lOi

3. Notons en jiassant, que, deux ans jjIus tard, le comte de Redcrn devait reprendre cette accusation d'athoisine, ce qui iierniet do sujjposcr qu'elle l'ut portée assez souvent contre Saint-Simon.

dans le premier brouillon de Yllistoire de l'Homme il se décide à être plus précis, et c'est Laplace lui-même qu'il accuse d'être son persécuteur. « Depuis dix ans, dit-il, j'ai acquis, tous les jours, de nouveaux droits à la considération scientifique, et tous les jours ma position sociale s'est détériorée ; c'est M. de Laplace qui a empoisonné ces dix dernières années de ma vie et je fais en ce moment défi à M. de Laplace pour obtenir de lui réparation du tort qu'il m'a fait.»

Il se garde bien d'ailleurs de demander merci et de se faire petit devant son ennemi. C'est de supérieur à inférieur qu'il prétend traiter. « Grand Corneille, s'écrie-t-il, avant d'engager la lutte, j'invoque à mon secours ton puissant génie; qu'il me serve de guide; qu'il assure mes pas pour descendre du sommet de la pensée aux basses régions habitées par l'astronome Laplace •. »

Là-dessus commence une critique téméraire de la mécanique céleste et des théories astronomiques de Laplace, auxquelles Suint-Simon oppose bravement les siennes, puis il formule sans broncher les conclusions que voici : « C'est à M. de Laplace que nous sommes redevables des raisonnements les plus absurdes que l'esprit humain ait jamais produits... ; que lou^ les sots du monde se mettent à genoux, qu'ils inclinent respectueusement la tête vis-à-vis de M. de Laplace et qu'ils le proclament leur général... Je demande qu'il soit attaché des oreilles d'âne au bonnet carré de M. de Laplace et que ledit Laplace soit exposé, ainsi coifie, aux huées des élèves des lycées". »

Laplace ne parait pas s'être ému de ces attaques et Saint- Simon en fut pour son défi comme pour ses critiques.

Il avait seulement montré une fois de plus l'étendue démesurée de son orgueil, et l'ignorance complète oii il était de la valeur astronomique de Laplace et de la sienne.

D'ailleurs des soucis moins élevés mais plus pressants

J.l" brouillon de V Histoire de V Homme . Bibliothèque nationale.

2. i" brouillon de VHisloire de l'Homme, Bibliothèque nationale.

DuuAs. — Deux messies. 4

iiO DI-UX MESSIES POSITIVISTES

allaient l'arracher bientôt à celte polémique extravagante. Diard, le sauveur, était mort en 1810 en laissant notre philosophe sans ressources et le malheureux était réduit à se demander, avant de réorganiser le monde, d'oîi lui viendrait le pain du lendemain.

LE MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE l'hOMME ET LE TRAVAIL SUR LA GRAVITATION

Pour sortir de sa détresse, la première idée qui vint à Saint-Simon fut de s'adresser à son ancien associé Redern, qui habitait alors dans l'Orne le château de Fiers, près de Domfront. Dès 1807, il avait essayé de revenir sur le partage de l'an YII et présenté sans succès des réclamations; mais, Diard l'hébergeant alors et le défrayant de tout, il n'avait pas insisté. Il s'était contenté, en racontant, dans l'histoire de sa vie, le dévouement de son domestique, d'ajouter ces simples paroles : « Quelle honte pour le comte de Redern M » En 1810, après la mort de Diard, il revient à la charge, et ses prétentions sont l'origine de nombreux et longs démêlés.

Tout d'abord, avec celte belle confiance qu'il eut toujours dans les événements et dans les hommes, il a Tespoir de reconquérir Redern à ses projets humanitaires et il débute par des déclarations d'amitié.

Mais ces déclarations sont d'un genre très spécial. Quand on est un homme prédestiné, quand on a mené la vie la plus systématique al la plus philosophique qu'il soit possible, on ne peut pas se réconcilier simplement avec un ami ; on doit encore lui démontrer que la réconciliation d'aujourd'hui comme la rupture d'hier sont des faits nécessaires, philosophiques, conformes à la raison éternelle, et que si ces faits

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